D’ABISSINIE. St
$uîs vers les deux heures, il se forme un orage mêlé d’éclairs & detonnerre épouvantable, avec une grosse pluye qui dure trois ouquatre heures. Personne pendant ce temsne peut demeurera lacampagne. Les laboureurs dételent leurs bœufs, & se retirentchés eux. Les voyageurs se sauvent dans les villages voisins , oudressent leurs tentes ; chacun songe à se mettre à couvert. Outreque la pluye est violente, elle est très-mal faine, & engendre plu-sieurs maladies. Les tonnerres font étonnans, tombent souventSc tuent bien du monde. J’en puis parler par expérience, Payantvû tomber si près de moi, que j’en ai été très-long-tems incom-modé de tout un côté. Ce même coup de tonnerre tua trois jeunesenfans; & après avoir fait le tour de ma chambre, brûlé le fou-reau d’une épée fans toucher à la lame, il sortit & alla encore tuerun homme & une femme à trois cens pas de là. Dieu par íà bontéInfinie, me préserva de cet accident qui coûta la vie à cinq per-sonnes. Lorsque Forage est passé, le soleil est aussi luisant qu’aupa-ravant ; & si les eaux s’écouloient aisément,on auroit de la peine àcroire qu’il eût plu. L’hyver se passe ainsi dans FAbissinie : il n’estpas croyable combien l’on voit de maladies dans cette saison , &encore plus à la fin de Septembre & pendant le mois d’Octobre,ce qui ne vient que des eaux qui demeurent dans des fonds, ouelles se gâtent & corrompent l’air. Ce Pays est encore souventruiné par les sauterelles qui viennent du désert en si grande quan-tité , que quand elles volent elles cachent le soleil & empêchentqu’on ne le voie. Lorsque ce fléau arrive, tout le monde tombedans une consternation épouvantable, & crie miséricorde. En ef-fet ces insectes couvrent tout un pais, mangent l’herbe jusqu’à laracine, & ne laissent aucune esperance de récolté. Ce fléau est par-ticulièrement à craindre jusqu’à la fête de S. Michel,qui se célébréen Ethiopie aumoisde Novembre ; parce qu'alors il commenceà souffler un vent qui pousse toutes ces sauterelles fur les bords dela Mer rouge, où elles crevent.
Comme Dieu sçait tirer du bien du mal même, il permit queTannée que nous entrâmes en Ethiopie, plusieurs Provinces &Royaumes furent affligés de cette playe, ce qui convertit beau-coup d’Abissins , qui peut-être fans ce fléau seroient morts dansleurs erreurs ; car des villages entiers ayant été obligés de quittertout, pour aller chercher ailleurs de quoi vivre , vinrent dans lelieu où nous faisions la Mission & profíterent de la grâce qu’il
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