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faire oublier nos maux passés ; mais comme il y avoir un ordre duPere Provincial d’empêcher les Peres>qui reviendroient des Mis-sions dépasser outre, nous convînmes qu’il falloir envoïer quel-qu’un à Goa 3 pour rendre compte des changemens arrivés enAbissinie, & de la prison du Patriarche. On me donna encore«cette commission , & je ne í'çai par quel secret de la Providence.il falloir que , soit que les affaires allassent bien , soit qu’elles tour-nassent mal, elles passassent par mes mains, 8c que j’en fusse char-gé. Toute cette côte étoit couverte de Coríaires Hollandois , 8ccomme il étoit difficile de naviguer, fans se mettre en danger detomber entre leurs mains , j’allai par terre de Baçaim à Tana, oùnous avons encore un College , & de Tana à nôtre maison deChaul : là je frettai une Almadie de Pongin, qui est une petiteembarquation fort étroite , fort rase 8c fort Iegere ; j’y mis dix-huit rameurs de chaque côté , & nous allâmes presque toujoursterre à terre , depuis Chaul jusqu’à Goa , qui en est à 8 o lieues. ,Kous courûmes souvent risque d’être pris, & particulièrementlorsque nous relâchâmes à Dabui ; il y avoir un Corsaire qui bou-choitune des entrées par où tous les vaisseaux ont coutume depasser, mais comme nous avions pleine mer, 8c que nôtre Al-madie prenoit peu d’eau , nous passâmes parle petit canal. St nousfûmes assés heureux pour éviter ce Corsaire. Quoi qu’il nous res-tât beaucoup de chemin à faire pour arriver à Goa, nous préten-dions y être le lendemain matin, huit de Décembre jour de laConception, St nous fîmes le plus de diligence que nous pûmes.Xa mer étoit très-belle, St nous croïons n’avoir plus rien à crain-dre 3 quand nous apperçûmes quelques barques Malabares qui é-toient cachées derriere une pointe de terre que nous allions dou-bler. Nous ne pouvions éviter d’être pris, si un homme du païsne fût venu à la nage nous avertir, que parmi ces barques de pê-cheurs 3 il y avoir des Corsaires qui alioient nous enveloper Stnous enlever. Nous récompensâmes cet homme du bon servicequ’il nous rendit St nous attendîmes qu’il fût nuit pour passer;de forte que nous arrivâmes le lendemain fur les dix heures , ànôtre College de Goa. Nous y trouvâmes tous nos Peresdu sémi-naire , du noviciat & de la maison professe, Comme c’étoit lafête du College , on leur donnoit quelque petite chose plusqu’à^ordinaire ; ce régal consistoit principalement en deux sardinesqui nous parurent merveilleuses, parce quelles venoient de Por-r