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ausquels ils etoient accoûtumés, & qu’ils avoient reçus avec leslumières de l’Evangile,&quel’Eglise n’apas condamnés. Nousn’avons garde néanmoins d’approuver les sentimens de Mr. Lu-dolf j qui a voulu excuser les coutumes Judaïques qui se sont in-troduites parmi les Abissins, & leur attribuer des erreurs qu’ilsn’ont point j en condamnant les Missionnaires souvent très-lege-rement & très-mal à propos. II s’est servi contr’eux du témoigna-ge de Vanfleb, puis il a fait le procès à Vansleb lui même. La con-duite de Vansleb a été assés irreguliere, celan’empêche pas qu’iln’ait eu plusieurs bonnes qualités. 11 avoit fait deux voyages dansle Levant ; il y avoit acquis une grande connoissance des Langues& des meilleurs Manuscrits, dont il a enrichi la Bibliothèque duRoy. II avoit appris l’Ethiopien de Mr. Ludolf : il sçavoit de plusles Langues Arabe & Cophte ; mais ç’en est assés fur cet article.
Depuisla mort du Patriarche Alphonse Mendés , on a sçû très-peu de chose del’interieur de l’Abissinie. Vansleb avoit eu ordrede tenter d’entrer dans cePaïs-là : il trouva des obstacles qu’il nepût surmonter. Le feu Roy , de glorieuse mémoire , avoit écritquelque tems auparavant à Adyam Sagued,quiregnoit alors:Char-les Poncet nous assure, qu’il avû cette lettre, & que Jaso AdyamSagued la lui a montrée,pendant qu’il a eu l’honneur d’être auprèsde ce Prince. C’est présentement sur les Mémoires venus du Caireque nous allons continuer cette Relation ; nous n’avons pas des-sein néanmoins d’entrer dans un détail ennuïeux de ce qui s’estpassé au sujet du voyage de Jacques Charles Poncet, & d’un pré-tendu Ambassadeur qu’il amena jusqu’au Caire ; d’autres en pour-ront parler. Nous n’en dirons que ce qui est nécessaire pour conti-nuer cette Relation jusqu’à ces dernieres années.
Agi Ali, Facteur du Roy d’Abissinie, avoit une maladie pareil-le à celle dont le Roy son maître & le Prince etoient attaqués, richerchoitun Médecin pour l’un & pour l’autre;il s’adressa d’abordaux Missionnaires Franciscains d’Italie: le Consul de France le sçût& fit si bien qu’Agi Ali le vint trouver.Leur entretien sut sur la ma-ladie du Roy d’Ethiopie ; le Consul dit, qu’il avoit à son serviceun Médecin qui en sçavoit plus qu’Hippoerate & Galien , & quetous les Médecins du monde,& il engagea l Abissin à s’en servir.Cesqavant Médecin étoit Jacques-Charles Poncet, Chirurgien Fran-comtois : il traita Agi Ali & le guérit. Cette cure augmenta beau-coup la réputation de Poncet 5 on ne parla plus que du Médecin
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