D’ A B I S S I N I E. aï*
On relevs fort la bonté de l’eau du Nil, on dit que quoi-qu’elle soit toûjours un peu trouble, elle est très-legere ôc très-saine. Galien dit que les femmes grosses qui boivent de l’eau duNil, accouchent plus aisément, que souvent elles accouchent dedeux , trois , même quatre enfans; que les brebis, les chèvres,font plus secondes fur le bord du Nil que par tout ailleurs j cha-cun sçait que la fertilité de l’Egypte dépend du débordement duNil ôc que l’année est mauvaise lorsqu’il est au-dessous de qua-torze coudées ou au-dessus de dix-huit, & qu’elle est très-bon-ne lorsqu’il est de seize.
On propose une autre question, sçavoir si I’Empereur d’Ethio-pie peut détourner le cours du Nil, & empêcher qu’il n’arrose l’E-gypte. Quelques-uns prétendent fur l’autorité d’Elmacin , non-feulement que cela est possible, mais qu’on l’a en quèlque ma-niéré exécuté ; que le Calife Mustansir envoya en Ethiopie Mi-chel, Patriarche d’Alexandrie, avec de riches préfens ; que leRoi des Abissins rendit de très-grands honneurs au Patriarche, ÔCqu’il lui demanda ensuite la cause de son voyage ; que le Patriar-che répondit, que les eaux du Nil étoient très-basses en Egypte,que la terre & les hommes en souffraient beaucoup ; qu’à la con-sidération du Patriarche, le Roi fit ouvrir un canal du Nil quiétoit bouché, ôcqu’en une nuit l’eau crut de trois brasses , que lelit du Nil se remplit, que les plaines d’Egypte furent inondées, 5cqu’ensuite on les sema. Que le Patriarche à son retour en Egyptefut reçu avec de grands honneurs du Sultan même, qui lui fit pré-sent d’une longue robe.
On ajoûte à cette Histoire d’Elmacin le vaste ôc grand projetd’Alfonse d’Albuquerque,qui avoiteula même pensée de dé-tourner le Nil ; 5c si on en croit son fils, il étoit fur le point del’executer, lorsque ses ennemis obligèrent le Roi Emanuel de lerappeller ; il n’y avoir, dit-ihqu’à percer une petite montagne quis’étend lelongdes bords duNil dans le pais du Prêtre-Jean. Alfon-fe Albuquerque avoit écrit plusieurs fois au Roi Emanuel de luienvoyer des païsans de l’Iste de Madere,qui sont gens accoutumezà raser des montagnes ôc à applanir des vallées, afin d’arroser plusaisément leur? cannes de sucre; que cela se pouvoir faire, parceque le Prêtre-Jean le désirait avec passion ; mais que ce Prince nesçavoit comment s’y prendre ; que si on en venoit à bout, commeil croyoit qu’on auroit fait si son pere avoit vécu un peu plus