i$ MEMOIRES DE L’EGLISE.
- lon R .tcms encore , ils croienc un Dieu ! ils rcconnoiffent ács
Sl A M ' Anges ÔC des Démons ils admettent un Paradis Sc un Enfer.,& ils ont même , ce semble, quelque teinture grossière de lataregn», de mort de Je s u s-C h R i s t. II est vrai que tout cela a été si al-o-«.' teré Sc si corrompu dans la'fuite des tems, par la malice desDémons, SC par l'ignorance, les visions Sc peut-être la ma-lice de leurs Talapoins , qui font leurs Prêtres, leurs Do-cteurs , Sc leurs Maîtres, qu'il n’y reste plus rien , qu’une idéemonstrueuse de ces veritez éternelles : mais enfin à traverstous ces voiles, on peut entrevoir quelque chose de ce quela Foi nous enseigne. On trouve , par exemple, quelque idée-de la mort de j e s u s-C h r i s t dans l’histoire du dernierde leurs Dieux , nommé Somonakodom . Ils donnent à ce Dieuprétendu un frere nommé , lequel en punition de ses
crimes, Sc fur-tout de la mort qu’il avoit voulu donner plu-sieurs fois à son aîné , aïant été précipité dans l’Enfer, y aété attaché à une Croix avec de gros doux, qui lui perçantles pies Sc les mains lui causent encore aujourd’hui des dou-leurs extrêmes. Ils croient que pour la mêmearaifon, Sc pourles injures qu’il lui a faites , il a été couronné d’épines, sup-plice qu’il souffre encore tous les jours ; que son corps est toutcouvert de plaies , Sc que pour comble de miferes , le feuinfernal le brûle toujours fans le consumer.
Cette fole imagination est de toutes les choses qui éloi-gnent les Siamois de la Loi Chrétienne, celle qui leur en don-ne plus d’aversion -, car la ressemblance dufupplice fabuleux!de Thcvatat avec la vérité qu’on leur prêche de la mort igno-minieuse du Fils de Dieu , leur faisant croire que J-esus-C h r i st n’est autre que ce malheureux frere de Somonoko -dont) ils ont de l’horreur pour cette doctrine , 8c la craintede tomber dans l’Enfer avec Thevatat, en devenant les dis-ciples Sc les sectateurs de ] e s u s-C h r i st , ne leur permetseulement pas d’écouter les propositions qu’on leur fait d’em-braffer la Foi. C’est ce qui donne lieu à .cette con-jecture fort probable , qu’apparemment ceux qui ont fabri-qué cc sisteme de Religion , n’ont eu en veuë que de rendreodieuse à leurs Sectateurs la Loi Chrétienne, dont ilsavoientconnoissance ou peut-être qu’ils avoient professée, & que pourcela ils ont imaginé leur Thcvatat. Ainsi l’on peut dire quetoute cette Religion des Siamois n’est proprement qu’uneimitation affectée ou plutost une dépravation du Christianisme.