LIVRE SIXIEME. 6;i
II arriva même deux accidens funestes ,lors qu’il fur un peuplus avancé en âge, qui le determinerenc absolument à l’a-bandonner.
Dans un Tournoi qui fut fait à Paris, il y eut un si grandconcours de peuple qui venoit de tous cotez , pour avoirpart à cette rejoiiiísanee, que plusieurs échafauts qu’on avoirdressez l’un fur l’autre, ne pouvant soutenir le poids d’unefoule presqu’infinie de monde, dont ils croient chargez,fondirent ; de for te qu’il y eut un fort grand nombre de per-sonnes écrasées & estropiées. Peu aprés, Hugues fut atta-que lui-même d’une violente fièvre, qui le mit à deux doigtsdu tombeau. Ces deux évenemens faisant faire à ce Prince defortes réflexions fur la fragilité de la vie , & fur la vanité desgrandeurs du monde ; il résolut d'y renoncer, & de se consa-crer uniquement au service de Dieu.
Le désir dont on brûloir en ce siecle-là, d’arracher la Terresainte des mains des Infidèles , fut un des premiers mou-vemens, dont son cœur fut ébranlé. II crut qu’il n’y avoirpoint d’emploi qui s’accordât mieux avec fa naissance, quecelui de porter, les armes pour un si beau sujet. II contribua leplus avec saint Bernard à engager LoliisV II. dans cette en-treprise : le fuccez de cette guerre n’aiant pas répondu à fesespérances, il prit le parti d’écouter la voix de Dieu dans lesilence du Désert, & au milieu des austérités de la penitence.II sc retira pour cet effet fur une Montagne de la Provence,proche de Digne, où il trouva saint Fiacre, qu’un même es-prit avoir conduit en cette retraite. Saint Fiacre étant mort,le Ciel ne laissa pas long-tems nôtre nouveau solitaire fans se-cours ; car il lui envola le B. Jean de Matha, natif de Faucon,village dans le Comté de Nice , d’une fort bonne famille, &cqui de son côté avoir déja préféré la paix & la douceur de lasolitude dans le Territoire de Meaux, fur le bord de laMarne , à un Canonicat de Paris, dont il avoir été pourvuaprés y avoir pris tous ses degrez.
La vie de ces deux saints personnages étoit trop importan-te à la Chrétienté , pour être passée toute entiere dans unDésert : cependant leur humilité les y auroit tenus cachezpour toujours, si la Providence n’eut fait voir un prodige,pour les en tirer. II y avoir dans les bois qu’ils habitoient uncerf blanc, qui s’étoir familiarisé avec eux , & qui par ses
O o o o i j
Mars.
I 6 $6.