£„ VERS l’EMPEREU'R DE. LA'Ch INE.
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f Art inimitable excelle de beaucoup la naïfveté de la Nature, comme vous appren-drez plus amplement en la fuite de ce discours.
Quant à ces Rochers de Pehltìnsa , quoy qu’ils ayent servis de matière à la maniedes Tartares, si est-ce qu’aucuns retiennent encore quelques échantillons de leurancienne gentillesse. conservée sans doute par la lassitude de ces impitoyables Can-nibales , qui deseíperent d’ébranlèi* iles tu-pc, contre lesquels la furie des Canonspe pouvoit faire de breche, & où la violence du fer, & du feu ucnavoir tant de rési-stance. Le Roc donc que je vis estre le moins endommagé, s elevoit en pointe deplus de quarante pieds, 8c estoit íeparé par le milieu de deux appartemens, ou corpsde logis dune profondeur 8c structure merveilleuse. On y grimpe par deux mon-tées tournoiantes, dont chacune a de largeur quatre pas. Toute cette ferme machi-ne , que l’on pourroìt ranger entre les Merveilles du monde, n est composée que deterres de foulons 8c de potiers j ettées en moule, cuites à la fournaise, &: rapportéessi proprement, & avec tant de justesse, que je me persuade que les plus subtils Ar-chitectes 8c Ingénieurs revoqueroient en doute,si les mains des hommes ont pû imi-ter de si prés les traces de la nature. Vous en pourrez porter quelque jugement fivous considérez attentivement cette figure, qui vous en exhibe un des moins rui-nez , afin que par celuy-cy vous puissiez faire un préjugé des autres. On en trouveencore en d’antres endroits de la Chine , qui ont plusieurs chambres, montées, 8cétages, embellis de divers arbres 8c torrens, qui peuvent marcher de pair avec lesplus superbes édifices del’Univers. On dit que ces machines furent élevées pardivers Grands Princes, tant pour faire parade de leurs richeíîès 8c magnificences,que pour leur servir de divertissement, ou se garantir des ardeurs du Soleil.
Le dix-huitiéme d’Avril nous arrivâmes à T a i k o , ou Tayho , qui est la deuzié- rayko ,me petite Ville íoûmise à la jurisdiction de celle de JQegan ; elle est située à cent sta- ViíLe 'des de Vannungan , au costé gauche de la riviere de Can 3 8c est entourée d’un terroirtres-fertile. On y entre du costé du Nord par un pont de pierre basti fur la riviere.
Et quoy qu’elle porte én beaucoup d'endroits les caractères de la rage de ses enne-mis (oûse retirent maintenant les insectes, 8c bestes íauvages)si est-ce que le feuépargna aucuns de ses plus superbes bâtimens, comme s’il ût esté touché de pitié oude vénération pour leurs Fondateurs 8c Architectes. On y void encore quelquesTemples fort magnifiques, 8c deux Tours fort elevées, dont l une vous est icy exhi-bée ; l'autre qui égaloit fa rivale perdit fa flèche par la foudre, dont l’efíèt fut si pro-digieux , que tout le voisinage se ressentit de sa chute. Les relations ordinairesnous apprennent que les Indes íònt fort sujettes à de semblables disgrâces, 8c avan,
O 3 tures.