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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS L’EmPEREUR DE LA CHINE.

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qui y vient grossi* ce Lac. Onauroit de la peine à croire le grand trafic qui se faiten cette Ville ,& le grand nombre de Vaisseaux qui s y rendent incessamment, amoins de lavoir veu, & quoy qu elle soit à 50 . lieues ou environ de la mer, si est-cequ’on ne laisse pas pourtant d’y prendre grande quantité de poissons, comme des 5Tonins, 8c Porcs de mer,des Saumons, des Esturgeons 8c des Dauphins : voires on yremarque le flux 8c reflux de la mer, principalement au plein 8c au renouveau de laLune. Ce fleuve semble appréhender de faire hommage de ses eaux à l’Ocean, caril les remué avec tant de froideur, Sc de lâcheté, qu’on a bien de la peine à le remar-quer : c est pourquoy on y peut aller par tout à la voile.

Les murailles de cette Ville, bastie fur des côtaux, font fort inégalés tant en leurhauteur qu en leur espaiííeur. Elle est munie d une forte garnison, d’un grand peu-ple & de tres-beaux bâtimens, dont aucuns se ressentent encore de la cruauté de laguerre. Ce fut icy que nous fumes obligés de nous pourveoir de nouveaux vivres,

8c auffi d’attendre le reste de nostre flotte.

A peine avions nous mouillé l’ancre aux pieds de ses remparts, que nous vîmes leshabitans en sortir à si groíïès bandes, que nous crûmes qu’un chacun avoit abandon-né fa maison, tant estoient-ils désireux de nous voir. Leurs applaudissement Sc con-joiiissmces firent refondre nos trompettes à pousser quelques agréables chansonspour les reereer, & les faire bondir de joye : mais qui le croiroit ? Ces pauvres niaïs i« chinouqui n’estoient accoustumés à semblables fredons, & tirades, en furent tellement l *épouvantés, qu’ils rentrerent dans leur Ville avec tant de preste, que plusieurs d’en -Zu mm?tr’eux furent accablés dans les portes,& trouvèrent leur mort au milieu de laioye,&de 1 harmonie : tous contraires à ces Lions des Poètes, qui se jetterent à la foule ailmilieu des autres animaux, dépouillés de leur felonnie, pour prendre plaisir à écou-ter la mélodie de la Harpe d Orphée , 8c se rendre éclaves de ce gracieux Tyran.

Du costé Septentrional de cette Ville on decouvre un rocher (comme vous pou- Rocher ^vez remarquer par la figure icy jointe) qui par ses boute-hors, 8c pointes panchantes greabie.fur 1 ”eau, 8c par la verdure des arbres dont il est chargé, donne un grand divertisse-ment 8c plaisir aux habitans : Et non de merveille s’ils y bâtirent un Temple, 8c l’en-tourerent de plusieurs maisons de plaisance.

On y voit encore une montagne qu’ils nomment Xechmtg , c est à dire Cloche de Xechmg ,pierre, parce que les ondes agitées par le vent, 8c venantes à choquer 8c à heurter montagne.le pied de cette montagne, font un bruit, qui reíïemble en quelque façon le sondune cloche.

Apres avoir embarqué nos provisions, nous nous engageâmes derechef fur les

eaux