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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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138 l’Ambassade de la C. C>\ des Prov. Unies

Ces Erestres se servent de pesantes coupes dor pleines de bonnes liqueurs dansleurs Sacrifices, les presentent à leurs Dieux, Sc âpres les avoir invoqué, ils les vui-dent en leur honneur, & croyent que par ce moyen ils purifient les souillures ducœur. Et le meíìne Virgile introduisent Evandre ne parle-t-il pas en cette forte ?Cingite fronde comas , &poculaporgite dextrùjommunemque vacate Deum,& date vìnavolent es : c'est à dire, Entourés vos telles de feuillages ; Prenez la coupe de mainen main : Invoquez le Dieu commun, & épanchez fans crainte le vin en son hon-neur : Puis il adjoute, une coupe sacrée luy emplit la main, dont goûtèrent avec al-légresse tous ceux qui choient assis à table, faisant leurs prières aux Dieux. CePoète Illustre ayant ailleurs décrit I accueil Sc le festin çpiAdrafte Roy de Larijfe ,fit à Polinice > Sc à Tidée , qui s’estoient réfugiés chez luy, fans le connoistre, il ad-joute : Apres le repas Aàrafle , petit fils d Jafus , le fit apporter, selon l’ancien usa*ge, la méme coupe d or d’un ouvrage tres-exquis,, dont le Roy Danaus , Sc le vieuxPboronée avoient accoustumé de se íèrvir pour sacrifier aux Dieux: Et plus baseOr en versant cette coupe, qu il avoit emplie de vin, il invoqua par ordre tousles Dieux, mais Apollon entre tous les autres, Lcc. Hanc undante mer o fundens ,vocat or dine cunUos Cœlicolas ,Phcebum ante alios , &c. C est ainfi que le Diablea fait de tout temps le Singe des, Misteres Sc des Ouvrages de Dieu, Sc que lémensonge se revest bien quelques-fois des apparences de la vérité. Reprenonsnos brisées.

Ce Temple est entouré de diveríes Chambres, où estoient jadis enfermésles bains du Roy. 11 y a des chemins fort Ipatieux, qui conduisent vers ceTemple Sc aux Sépulcres des Rois, Sc font tous plantés de pins en échiquier dansune distance égale Sc convenable ; Sc ces allées d arbres estoient jadis si bienconservées , qu’il y alloit de la vie d'en gaster, méme d’en couper la moindrebranche.

u rout de Le plus rare ouvrage que je vis, à mon avis, dans cette plaine, est la T o û r

Porcelaine. D E Porcelaine, qui surpasse en netteté, en gentillesse, en diaprure, enémaillure, Sc en richesses tous les Ouvrages tant vantés par nos Anciens. CetteTour a neuf étages voûtés, Sc cent Sc huitante-quatre degrés de hauteur au dedans.Chaque étage a une galerie, ou cloison de barreaux j si bien taillé, si curieusement. . façonné, Sc avec une telle bien-seance, proportion, Sc íymmetrie, que je m'allu-re que les premiers Architectes de l'Univers n y pourroient rien trouver à redire.Aux collés des Fenestres, (comme le monstre la figure icy jointe) l'on void despetits trous carrés, treiHissés de fer blanc. Cette machine est toute unie & plom-bée par dehors j Sc est si délicatement émaiHée Sc glacée de verd, de rouge, Sc dejaune, qu’on diroit qu'elle n'est composee que d or, que d’emeraudes, Sc de rubis.Toutes les pieces mémes de porcelaine y sont si nettement emboitées, cimentées,Sc rapportées, que les plus clair-voyans ont de la peine à en faire une distinction,& à en reconnoistre les liaisons Sc soudures. Toutes les galeries sont couvertes detoicts verds, qui poussent au dehors des soliveaux dorés, qui soutiennent des pe-tites cloches de cuivre, dont le son animé par les vents est capable de réjouir lesesprits mornes & endormis. Sa pointe, laquelle on ne peut toucher que par de-hors, est couronnée d une pomme de pin, que les habitans disent eílre dor massis. C'est de cette Tour qu’on peut découvrir non seulement toute la Villeavec sesFaux-bourgs, mais aussi toutes les campagnes de la contrée qui bordentla riviere de IÇiang. On nous dit que les Chinois erigerent, passés plus de septsiécles, à leurs propres frais cette superbe machine, y contraints par les Tarta-res qui lors, comme en nos jours, avoient rangé tout ce vaste Royaume sousleurs Loix. De sorte que si oníavoit encore aujourd'huy estre habillée de ses pre-mières parures, on en doit la gloire aux Tartares, qui n’ont pas voulu ruinerce chef-d’œuvre, que leurs Ancestres avoient fait dresser comme un Trophée àleurs victoires.

Apres avoir parlé des bastimens plus considérables de cette Ville, je ne puism'empeseher de vous dire aussi en peu de mots quelque chose du naturel de ses ha-bitans. Nous remarquâmes, que selon toute apparence, ils surpassent tous les au-tres.Chinois en franchise de cœur, en intégrité, en civilité, Sc en accortise : ils sontaussi connus pour les plus subtils, les plus vifs, les plus industrieux, Sc sçavans de tout

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.■Jájtâtees