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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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144 l’Ambassade de la C. C)\ des Prov. Unies

ronne leur patience. En fin pour dire en un mot, il n’y a pas jusques à nos propreslarmes, dont il ne nous fasse tirer de la douceur, & de la consolation. Mais ne vouspersuadez pas, que le Diable, qui le fourre dans les statues des Chinois, íbit capa-ble de vous faire goufter la moindre de toutes ces faveurs.

Les Mandarins de nostre compagnie, avoient envie de sacrifier en ce Temple,le croyans le vray magazin de la douceur & de la félicité, mais ils en furent divertispar nos Ambassadeurs, qui leur dirent serieufement qu’ils vouloient avancer leurvoyage, fans s amuser tous les jours à employer le plus beau de leur temps à tantd’hosties ôc de victimes. Ces paroles leur semblerent d’abord assez rudes, mais mal-gré qu ils en ayent st, il fallut marcher. Je n us qu un demi quart d’heure de temps,pour considérer au dedans ce Temple- dont la gentillesse de ses six galeries, raviíïoitles yeux au dehors;y estant entré avec un de nos Truchemens,j y vis un grand Autelfur lequel estoit une Statue de la grandeur d’un homme, accompagnée de plusieurssombres poupées, illuminées dun grand nombre de lampes noires, qui bruílentd ordinaire dans .semblables Temples jour Stnuict à l’honneur des Divinités qui ygouvernent, & des Morts qui y sont innuraés. -

chapitre XXXVI.

Les Ambass adeurs arrivent à Yancheu , ou Yamcefu . Harques

admirables , &C.

Les^tmbaf. '^Jous arrivâmes le 24. de May à la sétiéme Ville Capitale de la Province de Nan*fadeursar- X x J^, n g , nommée Y a m c e f u, & d’aucuns Yancneu , laquelle est située à 90.Yantkeu, stades de celle de Jejenjeen . Elle est bastie en forme carrée, Sc est défendue dehautes St solides murailles, qui ont trois lieues de circuit. Il s y fait un si grand traficde sel, composé d'eau de mer, selon la pratique de plusieurs de nos Europeans, quelés habitans en sont tous aisés ôc opulens, ôc non de merveille s’ils sont si somptueuxdans leurs édifices, si splendides dans leurs meubles, & si déréglés dans leurs mœurs,tant est-il vray quel’abondance traînepreíque tousjours avecsoy detres-dangereuxeffets j & à la vérité les richesses sont comme des espines, qui ont les fleurs ailes• douces, mais le fruict tres-mauvais. Un petit gain qui rit au commencement dansles yeux, est la fleur de l’espine ; quand on 1 avale avec de grandes conclusionsd’esprits, ôc de corps, ce n est le mauvais fruit ; Ôc en fuite quand on demeure en-tortillé dans une conscience impure, c est justement la vipere dans les espines.

J’ay remarqué dans l’Antiquité Payenne que plusieurs âmes peu courageuses sosont volontairement privées de la vie, pour se delivrer de la honte, & de lennuyqu’ils avoient d’estre nées en un corps notablement diforme, mais je ne crois pasbeauté des < 3 ue ^ ans celte Ville on en trouve des si deseíperées, puis qu'il semble que la Natu-femmes de re en a banni la difbrmité, & y a placé siir les corps de toutes les filles une beauté íìcelieu. achevée, que je ne crois pas qu on en puisse voir de plus rare en nostre Europe. Ondit que la beauté qui n’a point de grâce est un amorce qui flotte fur seau sans hame-çon /pour estre prise, Ôc ne rien prendre ; mais que quand ces deux choses se ren-contrent, elles ont bien de l’empire fur les cœurs ; aum ces filles avec leur eminentefaçon de leurs corps à petits pieds, sont douées dune grâce singulière, ôc d'une gen-tillesse incomparable. Mais c’est une chose déplorable de les voir, (pour estre ho.stesses d un si grand don capable de faire beaucoup de biens) estre nourrisses de la-mour, St de l'aiguillon du péché. Elles logent de voleurs qui leur ravissent l’hon-neur, le repos, & le*temps, qui sont trois choses les plus précieuses du monde ; el-les logent de bourreaux, qui les tiennent tousjours à la gehenne, & à la torture :Elles entretiennent un sujet de travail, & de peine, un motif de batailles, ôc unemèche de concupiscence, qui allume le feu dans tous les cœurs des habitans St desestrangers. Car dés quelles íont (sorties du berceau on les vend à grand prix, onles éleve dans les delices, St elles apprennent à peindre, à chanter, à jouer des àstrumens, à faire des poésies, à danser, à cajoller, à mugueter, St à flatter, afin dese rendre tant plus agréables aux hommes, dont l haleine en ternit St deíseicheelles font bîen-tôt toute leur beauté. De sorte que le beau ôc le plus grand commerce de cet-vendrìs re Ville, consiste à avoir force filles, qui sont achetées St revendues à grosse som-gros cmers me , ^our servir de concubines aux rufíens, St en tirer tribut au profit de leurs mai-

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