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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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VERS LÏMPEREUR DE LA CHINE. 20*

miere> qui n estoit soufflée que par les malicieuses menées des Portugais,qui avoientfait croire à l’Empereur, que la Mer estoit nostre berceau, & nostre Patrie. Ils di-rent donc fort ouvertement qu’ils avoient un Pais, nommé & connu de toutes lesNations de l 'Europe fous le nom de la Hollande , laquelle leurs Ancestres avoient ha-^ bité passés plusieurs siécles.

Toutes ces responses n ayant esté assés fortes pour désabuser ces Mandarins, &

. renverser & détruire les fàulses menées de nos ennemis ; les Ambassadeurs leur éta-lèrent une-Tabledú Monde Universel, & leur firent toucher au doigt la situationde la Hollande , & des Pais circonvoisins,comme aussi toutes les Provinces & Places,où nous faisions negoce. Ils emporterent cette Table quant 6c eux pour en infor-mer plus clairement fa Majesté.

Ils s’informerent encore du Gouvernement dé la Hollande * Sc du pouvoir & del’authorité de ceux qui les avoient envoyés. Surquoy les Ambassadeurs répondirentque la n'estoit soumise à la domination d'un seul Chef, mais qu elle estoit

réputée comme République, Lc régie par un certain nombre dé personnes degrands mérités, qui composoient divers Conseils, Chambres, Sc Colleges,devant les-quels se decidoient les affaires de Police, de Justice, de Paix,de Guerre* de Marine,de Confédérations, & autres qui regardoient le bien public. Ils dirent encore quel’Union generale de tous ces Conseils, avoient éleu un Gouverneur ou Chef suprê-me (pour le présent le Prince d’ Orange) dans le maniement des armes de terre 6cde mer ,& que c estoit ce méme Chef, qui en qualité de Sur-intendant du Com-merce des Indes , les avoit icy envoyé, pour congratuler fa Majesté Impériale furles miraculeuses conquestes qu'Elle avoit remporté en si peu d’années fur lesChinois.

Ces Mandarins, âpres avoir ouy divers raisónstemens fur nostre Gouvernementen partie Arìfiocratìque , en partie Démocratique , lequel estoit tranquille Sc mo-déré , Sc qui raisoit de bons effets fans ostentation Sc bobancé * dirent rondementqu’ils ne comprenaient rien de ce qu on leur disoit, parce qu’ils estoient accoustu-més d’estre régis par des Empereurs, ou des Souverains, de la phantaisie desquelsdependoient leurs vies, Lc toute leur chevance. Ils reconnurent donc nos Ambassa-deurs selon leur portée, comme premiers Ministres du Prince d Oranges des Estatsde la Hollafide.

On leur demanda encore s’ils estoient de la Lignée du dit Prince, car dirent-ils,nul Ambassadeur peut avoir Ihonneur de s'agenouiller devant le Throne de fa Ma-jesté , Lc estre receu à l’audience, à moins qu'il ne soit issu du sang de celuy qui l'en-voye, comme firent nouvellement les Rois des Isles de Corea Lc de Liqueses , qui en-voyerent leurs freres en Ambassade vers cette Cour. Les Ambassadeurs bien quesurpris de ces propos, répondirent ingenuëment, qu ils n’attouchoient en rien à leurPrince, que cette coutume leur estoit jusques icy inconnue, Lc qu’on ne pouvoit pasexposer aux dangers d’un si long Sc pemble Voyage, Lc aux hazards de tant de se-cousses de mer, des Testes si illustres, & si nécessaires au bien de leur Estât s maisqu en leur place on deputoit d'ordinaire de Personnes de condition Lc de mérités.Toutes ces responses n’aggreoient gueres à ces Mandarins, Scjugeoient que la con-dition peu relevée des Ambassadeurs, rabaisseroit en quelque façon la gloire, le lu-stre , Lc l'éclat du Throne de leur Empereur. Ils demanderent en outre qu ellescharges ils exerçoient dans la Cour de leur Prince ; combien de monde ils avoientfous leur commandement ; puis,si tous les Presens destinés pour fa Majesté Venoienttous de leur païs : Ils répondirent fur cette derniere demande que les Draps, f Am-bre , le Corail, les Lunettes d’approche, la Selle, la Cuirasse, les autres armes, Lcles Miroirs en estoient sortis, mais que leur General de Batavìe , y avoit joint le sur-plus par ordre de leur Prince, Lc deS Hauts Lc Puifîàns Estats de la Hollande .

Cecy produit une autre question: ils demanderent, où estoit cette Batavie, Scpar qui, Lc comment elle estoit gouvernée. Les Ambassadeurs répliquèrent que lepouvoir du Gouverneurde Batavìe estoit aussi étendu que celuy des Vice-Roîs dçfâà, mais par ce que les Hollandois n'estoient pas assujettis à un Monarque, Lcque leur pàïs n’estoit pas une Monarchie, on ne luy donnoit pas le titre de Vice-Roy, mais seulement -celuy de Gouverneur General. Quant à Batavìe , ils direntque c’estoit le séjour ordinaire de ce Gouverneur, quelle estoit située dans les /-?-à, Lc qu'este estoit choisie par leurs Seigneurs, pour servir de Port Lc de Rende-

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