VERS l’EMPEREUR DE LA CHINE. 203
Sc en quelle façon, Sc avec quelle authorité, Scc. Sur quoy les Ambassadeurs répon-dirent librement & fans déguisement, dont le Chancelier témoigna d’estre bien sa-tisfait. Le Per c Adam, qui avoit recueilli toutes ces responses, en fit un ample écrit,
Sc l'augmenta de plusieurs circonstances qui eítoient venues en fa connoislance,lors qu'il fréquenta la Hollande. Il y avoit spécifié entrautres que nostre Pais avoitesté autres-fois du Domaine de l’ Espagnol , Sc qu’il luy appartenoit encore de droit,mais que fes armes nettoient pas ailés fortes pour le remettre fous ion premier joug.
Le Chancelier voyant qu il y avoit couché de ion propre diverses circonstances in-utiles , & capables de servir d’achopement à nos desseins, luy en fit effacer une par-tie à diverses fois, Sc luy dit qu’il devoit feulement porter témoignage du Pais desHollandois, de fa Situation, de son Gouvernement, de íes Forces, & de fa Langue.
Lors que le P. Adam fe vit contraint de refcrire pour la troisième fois cette Attesta-tion , il s’excufa fur fa grande Sc infirme vieillesse, & en donna charge à un de fesValets. Cette Attestation ayant esté signée fur le champ par le Chancelier, futportée incontinent à fa Majesté.
Pendant que les Clercs écrivoient la dite Attestation,lé Chancelier qui commen- Lesconseii-çoit à avoir grand appétit, fe fit apporter une bonne piece de lard à demi cuit, dont ím man -il mangea avec un telle ardeur Sc un si grand goust, que la graisse Sc le sang luy de-f™j/j* MJ lecouloient de la bouche Sc des mains. II fut bien-tót suivi de tous les autres Seigneurs conseil.de l'Assemblée, qui en cadets de haut appétit en devorerent en moins d’un rienplusieurs pieces, de forte quon les ut pris, à voire leurs grimaces Sc postures, pourdes gourmands tirés de la lie des Païfans, pluítost que pour des hommes d’Estat. Apeine avoient-ils avallé le dernier morceau, que le Chancelier commanda au fils duvieux Vice-Roy de Canton de faire encore apprester à la haste quelques brebis, &quelques porcs, afin d'en festoyer les Ambassadeurs. Ce commandement fut ex-écuté en si peu de temps, & ces nouvelles viandes durerent si peu fur la table, quenous en restâmes tous étonnés, Sc difoient hautement qu’ils eítoient accoustumésde rendre les plats nets : il en feroit beau voir de semblables assis à table auprès deces petites mignonnes qui font les délicates. Ces Seigneurs eítoient tout contrairesaux Romains, qui ne mangeoient jamais toutes les viandes qu’on leur íervoit à ta-ble, mais laiíîoient tousjours quelques plats entiers : Les Bœotierís de Grece prati-quoient aussi cette civilité, dont ils firent un Proverbe (laijse quelque chose pour leMedoù) par ce que ces peuples avoient autresfois ravagé la Phocide , Sc la Bœoce :ainsi ce grand Oracle, íi bien receu chez T Antiquité, commandoit aux laboureursde ne tirer jamais toute la graisse de la terre. J e j ne crois pas que les dégoûtés decette Assemblée ûssent fait estât de ce precepte, encore bien qu’ils fe fuííènt trou-vés aux festins de Marc Antoine, où on fervoit ordinairement huit sangliers pourchaque repas : ils n’ûíïént rien laiíïé aux Medoù , c est à dire, à Messieurs de la secon-de table, non plus que le mauvais riche au pauvre Lazare. Ils prierent les Ambafifadeurs d’écornister avec eux, mais comme ils ne virent rien à leur goust, Sc prévi-rent que les viandes servies n estoient pas capables de remplir leurs boyaux vuides,ils s’en excusèrent fort civilement, Sc fe contentèrent feulement de goûter de quel-ques fruits Sc confitures quon servit fur la fin du repas.
Nos Ambassadeurs apprirent lors du P. Adam , que le Grand Duc de Moscovieavoit envoyé en cette Cour paíîés quatre mois un Ambassadeur accompagné décent hommes Sc de quelques Mores , pour demander la liberté de trafiquer avec les ’ ,Sujets de cét Empire, mais qu il n avoit pas encore eu le bonheur d’estre admis àf audience, à caule que l’Empereur avoit séjourné quelque temps hors de Pékin?.
Le soir estant arrivé parmi tous ces entretiens de table Sc de discours, nos Ambassa-deurs prirent congé de 1’ Assamblée, Sc furent conduits avec pompé jusques au piedde leurHostel par le P. Adam, porté fur unPalakin, Sc par grand nombre deSeigneurs.
Le lendemain Thouglouja premier Secretairc d’Estat, accompagné des Manda-rins Qualouja , Sc Hoolouja , vint trouver les Ambassadeurs de la part du Chancelier,pour coucher par efcrit ìe nombre Sc la qualité des Prefens destinés pour l’Empe-pereur, pour fa mere, & pour fa premiere femme. Le Chancelier ne íe contentantpas de la liste en faite par Tbousrlouja , envoya quérir le Secretaire des Ambassadeurspour en avoir une déclaration plus exacte, Sc moins confuse. Quelque temps âpres/tes dits Commissaires,les Mandarins Sc Agens des Vice-Rois de Canton firent rapport
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