2 i4 l’Ambassade de la C*O r . des Prov. Unies
Voila donc le rang de ceux qui estoient au costé droit du Throne > le gaucheestoit garni de la menue façon : Et puis ces deux costés estoient ceints & fermésd’une infinité de Courtisans, dont les habits, faits tous dune parure - n’estoient tifc, fus, plastrés, & diaprés que d or, d argent & de pierreries.
Nous vîmes encore devant l’esealier du Throne six chevaux blancs comme laneige, bardés, caparassonnés & couverts d’étofse parsemée d’une tres-riche brode-rie , dont les brides chargées de perles, de rubis, Sc d’autres pierres précieusesavoient les chanfrains de fin or, comme celle du Cheval de T Empereur Caligula ,qu’il avoit envie de faire Consul de T{ome par un excés d’amour qu’il luy portoit, sinous croyons Suetone. Pendant que nous estions occupés à admirer ces chevaux,nous fumes ravis d’un tintement d une petite cloche, qui servoit fans doute de signalà ceux de la Cour.
A peine ce tintement estoit-il cessé, qu un soldat quitta son rang, & vint parêtreaises gravement au milieu de la Court, armé d’un instrument (presquesemblableaux tuyaux de cuir, dont l’on se sert en nos contrées pour souffler le vin d’un ton-neau danslautre) lequel par un branle qu’il luy donnoit tres-adroitement, rendoit àchaque coup un ion plus étonnant que celuy de trois pistolets.
Ce soldat ayant repris son rang, Le Tutang suivi de trente Seigneurs de remar-que , & de plusieurs Conseillers, tous revestus d'habits de soye chamarrés d or, Scbigarrés de pierreries, marcha avec une magnificence Sc gravité incroyable, versle Throne de l’Empereur.
Ce Tutang avec ceux de fa fuite, au premier cri du Héraut, s agenouilla devantla face de fa Majesté, Sc baiíïà la tête en terre par neuf fois. Pendant ces cérémo-nies, toutes sortes d’instrumens secondés de vives voix faisoient un concert fortharmonieux.
Le Chancelier vint aprés accompagné d’un grand nombre de Conseillers, deMandarins, & de Courtisans dé haute marque, 6c rendit avec la méme grâce lesmémes hommages à fa Majesté.
Les Ambassadeurs des Sutadfes , & des Lammas , furent en fuite conduits devantce Throne, pour y rendre les mémes devoirs. Durant lesquels le Chancelier vintKot^imbds- trouver nos Ambassadeurs, Sc leur demanda leurs qualités Sc dignités, àquoy ilsqualifiés ^répondirent qu ils avoient la qualité de Thiompings car les Vice-Rois de Canton lestitre de avoient déja qualifiés de ce titre. Il s’en alla en fuite faire la méme demande à l’Ara-x hiomçtng. b a fp ac j eur dss Grand Mogol ,qui le paya de la méme réponce que nos Ambassadeurs :de sorte qu’ils furent rangés au méme degré d'honneur parle Chancelier, Sc consi-dérés non pas justement en qualité d'Ambassadeurs, maïs de Tbiompings.to.vierres. n Y avoit au milieu de la place, vis à vis de la porte du milieu du Throne Impérialvingt Pierres rangées, dans lesquelles estoient enchâssées des petites planches decuivre marquées de caractères & chifres Chinois (comme vous pouvez remarquerdans la figure icy jointe) où sont reprefentes les points Sc circonstances qu’on doitobserver en comparoissant devant ce Throne.cérémonies Le Vice-Tutang, qui se te noir à la gauche de nos Ambassadeurs, lors qu’ils al-ThmJ* losent vers le Throne, leur fit signe qu’ils dévoient s’arrester à la diziéme de cesPierres : alors le Héraut cria à haute voix, Allés £? présentés vous devant le 'Throne :Auquel cri nous avançames. Il cria en fuite ,prenés vojlre rang , & nous le prîmes ;puis il dit Agenouillés vous , Sc nous le fîmes : Il cria encore, endinés vous trois foisen terre , comme nous fîmes, puis il dit, Levés vous , Sc nous nous levâmes, Sc fina-lement âpres qu il ût crié, retournés en vos places , nous nous retirâmes auffi-tôt àcosté, Sc retournâmes en nostre lieu.
On mena en fuite nos Ambassadeurs Sc celuy du Grand Mogol , vers un Theatreélevé, fur lequel estoit une petite place haute de quinze ou seize pieds, dans laquel-le on gardoit le Throne : On y montoit par divers degrés Sc cloisons d’albastre, tres-artistement travaillés. Nous fumes encor icy obligés de nous agenouiller une fois,Sc de baisser la teste.
Ces Cérémonies estant achevées, on nous fit asseoir, Sc on nous présenta dansdes taises de bois du The de Tartarie mélé avec du lait. Dés que nous fumes retirésen bas, plusieurs Grands Seigneurs nous abordcìrent, Sc nous chargèrent à la foulede ce The. Pendant ces entrefaites, nous oiiymes derechef le son de la petite clo-s che,Sc le bruit du fus-dit instrument 5 Sc â l’instant méme un chacun se mit à genoux,
por-
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