ti 6 l’Ambassade de la C.O r .des Prov. Unies
aussi par celle-cy que nous enttâmes, lors que nous comparûmes devant le Throne.Nous vîmes au milieu d une baíse-court large de 400. pas un Canal fort mal entre-tenu, fur lequel estoit élevé un pont de pierres de 14. pas, enrichi de tres-bellesguirlandes 8c statues. Au pied de ce Canal on void un grand nombre de soldatsTartares - qui y font une tres-étroite garde. O11 arrive de ce pont à la premiere por-te , qui est longue de cinquante pas, 6c est appuyée de cinq voûtes admirables, fouslesquelles on voit à chaque coíté trois Elephans noirs. On entre par cette portedans une autre basse-court de 400. pas, (où nous fûmes obligés d’attendrel’aube dujour avec les autres Ambassadeurs ) laquelle a ses costés remplis 6c ornés de tres-beaux bâtimens, dont toutes-fois trois (representés par la figure icy jointe) surpas-sent de beaucoup les autres en somptuofité, en grandeur, en hauteur, 6c en force6c solidité de murailles. On passe de cette place, fous des voûtes qui soûtiennentdes puissans bâtimens, dans une autre, qui égale en grandeur, 6c en ornement laprecedente. ^ ?
On entre par après dans une autre place, pavée de grosses pierres carrées, 5 c em-bellie de voûtes de marbres, de galeries, de promenades, de colomnes 3 6c de sta-tués parfaitement bien faites. Etc’est dans celie-cy où on void le Throne*, 6c 011l'Empereur 6c l'Impératrice demeurent ordinairement avec les petits Princes.Quant au bâtimens qu elle enferme, ils sont fi superbes 5 c si somptueux que je necrois pas que le Palais de Lucullus tant vantés par Tuberon , que celuy des Gordianstant loué par Jules Capìtolìn , que la Maison aux Poules de Lìvia femme àl Augujïe ,décrite par Caffiodore^ que celle de IEmpereur Adrìan voisine d e Tivoly nomméejËlia , si bien depeinte par Spartian , les puissent égaler.
Iln’y a que les Eunuques, 5 c les femmes qui peuvent entrer librement dans cequartier, 6c dont 1 Empereur sc sert en toutes choses. Les emplois y sont differensl'Emptreur íelon les divers degrés d’honneur. Il n’a qu une femme légitimé, les autres 'sont^cnnTiïbî concubines, dont les unes sont femmes de chambres, les autres y ont soin de lagardérobé, les autres de la cuisine, de la bouteiiierie 6cc. Nos Trucheméns nousdirent qu’il y en avoit ordinairement cinq mille destinées à semblables services.
Quant aux Eunuques,que lEmpereur entretient aussi en tres-grand nombre(dontplusieurs- ont le maniement des finances, des artilleries, des armes, de la marine,des fortifications, des requestes, des arrests, 6c composent une partie du GrandConseil d’Estat) lEmpereur en fait tant d’estime, qu il les loge dans un des plusbeaux appartemens de fa Cour, 6c les reconnoit pour ses plus fidels Vaíïàux, parcequ’ils ne sont pas addonnés à Iavarice, à l’impureté, 6c à 1 ambition ; qu ils ne font,ni monstrent aux penples le moindre ombrage de mal, ains l’empesohent détourleur pouvoir ; quils corrigent les désordres, qu’ils s’ajustent au temps, aux lieux,aux personnes, aux affaires qu’on traite, 8c quils se mesurent en telle façon quilsrendent leurs actions profitables à tout le monde. Aucuns d’entr’eux ont aussi engarde ses maisons de plaisance, prennent soin des jardins, des forests, des eaux, dela chasse, de la pesche, 6c en toutes ces charges ils ne témoignent rien de sordide,de ravalé, de superbe, de colere, de leger, de pétillant, de passionné, mais ils lessçavent ménager dune façon douce, affable, 5 c communicative, 6c parmi celailsretiennent une gravité honneste 6c modérée pour ne pas avilir le caractère, 6c lerang que leur Souverain leur donne lors qu’il les appelle aux Offices, 6c aux Com-mandemens. Ils sçavent encore tellement réprimer toutes les émotions, qui batail-lent contre la raison, quils ne les font jamais éclater en public à leur désavantagé,6c aux mauvais exemples de ceux qui les contemplent, ains les sçavent corriger en-tr’eux, 6c à petit bruit. Helas ! s’ily a choie au monde où un Monarque puiíse pa-roistre obliger tous ses sujets, 6c remplir les siécles à venir de l’admiration de sesvertus, c'est en leur donnant des Officiers de cette trempe, qui ne soient endormisaux affaires, endurcis aux clameurs des misérables, negligens à faire justice, aveu-gles aux désordres, 6c enclins à l’avarice : car les Princes qui affament leurs peuplespour nourrir la convoitise insatiable de quelques particuliers, sont comme ces mon-tagnes qui portent des fruits, non pour l’usage des hommes, mais pour les oyseauxde rapines, ils donnent à peu de gens ce qu’ils ostent à tous, 6c engraissent souventdes monstres, 6c des opprobres du sang du public, qui font gronder la terre sousleurs pieds, 6c foudroyer le Ciel sor leurs testes.
Il y a encore un tres-soperbe appartement pour f Impératrice mere del’Empe-
les concubides.
ses Eunu-ques .
reur;