VERS l'EmPEREUR DE LA CHINE.* ' 22j
Quant au reste de la Ville, on y void un si grand nombre de superbes bâtimens,de magnifiques Temples, de tres-hautes Tours, & de somptueux Arcs Triomphaux,
& Monumens,que je ne crois pas que ï ancienne J\pme en ait plus enfermés dans sonenceinte.
Lors que nous estions aux Eaux-bourgs de cette Ville, attendans âpres nostre ba-gage , j’ûs le loisir de considérer & de crayonner exactement son dehors, ayant prisl'avantage de quelque coteau qui l’avoisinoit, d où je pouvois librement découvrirde contrées bien éloignées. Les Chinois me monstrerent entr autres les monta- ^ ce/eLregnes qui avoisinoient cette grande 8c fameuse Muraille tant celebrée par les Histo- ^clfne **riens, Sc dont ceux de nostre temps, Sc ceux des siécles passés n’ont jamais oiii par-ler fans admiration : aussi à la vérité merite-felle d’estre éternellement dans la mé-moire des hommes. On m’asseura qu elle nestoit éloignée que de trente lieues dePeking . Ce quon en dit en nostre Europe est bien admirable, mais fort obscur, Scconfus. Elle n est pas si étendue, comme plusieurs ont rapporté, mais elle a feule-ment trois cens miiliaires Germaniques de longueur, à prendre depuis le Golfe dela mer,dans lequel le fleuve d ’Talo, qui vient de la Tartarie Occidentale se décharge,jusques aux montagnes de la Cité de IÇin, proche des bords du Fleuve Saffrané , quin a point plus de vingt degrés : encore que ce qui semble luy manquer, à cause del’étreciflùre des parallèles, soit amplement récompensé par sa corbeure, Sc son flé-chissement.
Cette muraille continué toujours fans interruption, si ce n est au costé Sep-tentrional de la Ville de Guerre de Hingbo prés les limites de la Province deXangfi , ou il y a un petit elpace défendu de montagnes affreuses Sc inaccessibles,qui sont comme liées Sc attachées à cette Muraille, laquelle est aussi ouverte à l’en-droit où elle fait passage à la Ejvìere Jaune , ou de Hoang , non loin de l’embou-cheure de Se. Les autres petites rivières qui viennent y porter leurs eaux pour allermouiller les terres étrangères, ont des voûtes maçonnées sous cette Muraille, parlesquelles elles découlent fort aisément. A la reserve donc de ces endroits, elle estpar tout soivie Sc continuée, Sc est bastie preíque de méme façon, non seulementdans la campagne rase, quon ne trouve gueres, ni entre les monts, Sc les rochers,mais méme dans les endroits où elle traverse, Sc va au <^e là les montagnes. Il y ades Tours fort élevées en certaine distance, avec des portes pour sortir, lors qu il estbesoin, lesquelles sont défendues de Citadelles bien pourveuës de soldats Sc de mu-nitions de guerre. On me dit quel’Empereur de la y a eu Sc entretenu unmillion de soldats, pour la garder feulement du costé du Levant, comme on va auCouchant.
Cette Muraille a trente coudées, ou quarante cinq pieds de hauteur, Sc fa lar-geur est de douze, voire de quinze coudées en plusieurs endroits. Les Chinoisnomment communément cette Machine Vmli-Ching , c’est à dire la Muraille de dixmille stades, entendans par ce nombre non la véritable longueur de la Muraille,mais une longueur excessive Sc prodigieuse ; car comme deux cens cinquante sta-des Chinoises font un degré de l'Equateur, ía longueur íeroit de quarante de-grés , qui prenent bien plus d'espace, que ne fait pas toute la haute Asie en lon-gueur.
Xim fondateur de la famille Impériale de Cina , donna le commancement à cemerveilleux Ouvrage, qui égala, voire íurpaíîa tous les Empereurs de la Chine ,tant pour la grandeur Sc magnificence des bastimens qu’il fit faire, que pour la gloi-re qu'il remporta de sos genereux exploits : car aprés avoir matté la Race de Cheva ,
Sc rangé toute la Chine sous ses loix, de petit Roy quil estoit, il se fit reconnêtreEmpereur ,& desfit lesTartares en plusieurs batailles. Mais comme il craignoitquasavenir ils ne vinssent à faire de nouvelles levées, pour tirer vengeance deleurs pertes, il trouva bon d’eriger ce monstrueux rempart, pour arrester le cours deleurs bouillantes passions. Il commença donc cét Ouvrage l an deux cens quinzeavant la Nativité de Christ , selon la Chronologie Chinoise, Sc y fit travailler avecpromptitude Sc diligence si admirable, qu’il fut achevé au bout de cinq ans, car ilcommanda que de dix hommes on en choisit trois dans son Empire, pour haster íàperfection.
Cette Machine fut si bien liée,si bien cimentée,si ferme Sc si solide, comme estanttoute de cailloux, Sc de pierres - qu il y alloit de la vie - pour ceux qui en avoient en-
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