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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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vers l’Empereur de la Chine.

Les Messieurs de la tres-redoutable Cpmpagnie des Indes , furent fort contens& réjouis du succès de cette Ambassade, & s'estiment assés heureux d’estre recon-nus pour cette fois les vrais & fideles amis d’un si Grand Monarque, & eíperent encette seconde Ambassade d’obtenir la permission de trafiquer librement en tous lesendroits de son Empire ,& èe d’autapt plus qu’ii est maintenant tres-bien informédes forces des Hollandais, qu il juge estre capables, par dessus toutes les Nations,deseconder ses desseins, & dç maiítriffr le fameux Pyrate stoxinga , qui suivi dunebande de Chinois rebelles, porte souvent la terreur, & la désolation sur les castesmaritimes de son Empire.

Nous apprîmes à nostre retour la prise de la sorte Ville àe Colombo enl’IíledeZjilan, ou CeyIon , par 1 eS r . Gérard Hulft , qui âpres avoir rendu sa gloire aussichere à ceux qui ne la pouvaient souffrir qu à ceux qui n avoient'demandé qu’à l'ex-ercer, perdit la vie au milieu de ses triomphes,par une baie de mousquet venue de laVille. Les Portugais regretent encore aujourd’huy la perte de cette place, à causede la canelle & des fruits excellens que l’on en tire.

Les affaires d Amboine venaient aussi d’estre remises en un meilleur estât, par lasage conduite du S r . Arnold de Vlammingh ; mais ce qui nous réjouit le plus, futd’apprendre que les Javans de Bantam lassés, & estrayez de la guerre, recher-chaient l’amitié de la Compagnie, de peur que fa puissance qui diminuait insensi-blement leurs forces ne vint à leur preparer tout à coup des chaisnes, ou des tom-beaux.Tant-est il vray que les forces de la Nation Hollandoise alarment maintenaqtces Barbares,& attirent la crainte & le respect de toutes les Natiqns Orientales. Jene veux pas rencherir fur les louanges que luy donne ce Grand Conseiller d’EstâtLe Vayer , veu qu’il dit tout, lors qu'il dit en divers endroits de ses Oeuvres ce quis enfuit : La République Hollandaise ne doit estre moins considérée que celle desRomains ; je veux bien dire à l'avantage de la Hollandoise, que jamais ía Romainen’eut de si favorables commencemens quelle. Son enfance dura deux cens cin-quante ans . pendant leíquels elle pouvoit quasi remarquer l’étenduë de ía domina-tion du haut de son Capitole. Elle fut les deux cens autres de son adolescence à serendre maistresse de ï Italie, avant que de penser aux conquestes étrangères. Là oùon peut dire 'de celle de Hollande, ce que la Théologie Payenne enièignoit de lanaissance des Dieux, qu'on ne l'à jamais veuë petite. II n y a gueres qu un demi sié-cle qu’elle a paruë dans le monde, & elle a desja planté, par le moyen de ses riches& puissantes Compagnies, des Colonies aux extrémités de XAste, éloignée d’ellede tout le diamètre de la terre, ou peu s en faut ; couru toutes les Mers du Nord &du Sud par de nouveaux Détroits ; & arboré ses étendars dans les meilleures Pro-vinces de l’ Amerique. Mais puisque l'incertitude de l’avenir ne souffre pas que nousles comparions quant à la durée, nous observerons cependant que celle de la Ro-maine procéda principalement de s’estre tousjours maintenuë dans la vigueur de sesforces, par les exercices militaires, & par le travail des guerres, & entreprises con-tinuelles. Estant chose considérable, qu en sept cens ans qui s écoulèrent depuis fafondation jusques à Auguste , le Temple de Janus ne fut fermé que deux fois seule-ment. Si la Hollandoise demeure tousjours éguillonnée d’emulation & de gloire,comme la Romaine, si elle ne s’engourdit pas trop dans le calme dune paix, qui ré-veille souvent les jalousies de ses puissans voisins ,& si elle continué de porter sesdenrées avec ses armes dans les Royaumes étrangers, qui est-ce qui pourra douterde fa durée ?

Recevés, Chers Lecteurs, d’un bon œil, le véritable récit que je vousay fait de cette Ambassade, & des cinq Provinces que j’ay visité durant nostre Voya-

: ; St asin que vous puissiés aussi avoir quelque connoissance des autres Provincesce Royaume, j’ay trouvé bon de vous en dresser quelque racourci, que j’ay ex-actement recueilli, tant des Livres Géographiques, Cartes, & Registres de laChine, que des fideles relations de. nos Truchemens, de Personnes de mérités.Nous commencerons par la Province de N a n s i , qui tient le second rang dans

I Empire.

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