Description Generale
yo
CHAPITRE XIII.
*Des Racines , Herbes , Fleurs , Roseaux , e Arbres , à Fruits ,
communs en la Chine,
E ncore bien que cét Empire enferme une infinité de montagnes, si est-ce que jene crois pas que Soleil en éclaire un plus divertissant, plus sain, plus opulent, 3cplus fertile, que celuy-cy, comme si la Nature avoir fait tous ses efforts de commu-niquer ses libéralités avec profusion à un peuple auffi noble pour son antiquité, que► . ceiebre pour ses belles actions, 3c sciences.
, Nous allons chercher au delà des mers des épiceries, des herbes, des plantes, des
douceurs, des parfums, des odeurs - des arbres > voire des viandes 3c des breuvagespour contenter nostre gourmandise, nostre luxe, nostre appétit, 3c nostre imagina-tion , mais les Chinois ne sont pas en ces peines là, car leurs fotests foisonnent en tou-tes sortes d arbres tres-éxcellens, leurs buissons sont des grenadiers, des limons ou
Í ioncires, des orangiers, 3c citronniers tousjours chargez de fruits : leurs landesbnt couvertes de thym, de rofmarin 3c de myrthe, fans qu’il soit besoin de leur ba-ftir des maisons, & de leur faire des couches avec tant d’artifice : leurs campagnessont chargées de cannes de soccre > de coton, de poivre, de gingembre, de canel-le, 3c d une infinité d’autres plantes, autant médicinales qu agréables 3c utiles, furla nature 3C les facultés deíquelles je vous entretiendray tant soit peu.
Ginfettg , Les Chinois employeur beaucoup de soin à la recherche,& à la culture de la racinemirais/' à Ginseng (connue des Japonais sous le nom de Nis) à cause de íes grandes Vertus:Ce nom luy est donné, à cause qu elle a la forme d un homme qui équarquille lesjambes, nommé par les habitans Gin : Vous croiriez que c est nostre Mandragore , sice n est qu elle est plus petite, car elle en a la figure, Sc la vertu. Sa racine devientjaune lors qu elle est seichée ; elle n’a presque point de fibres, ni de filaments, par lemoyen deíquels elle puisse tirer fa nourriture : elle est toute parsemée de petites vei-nes noirâtres, comme si on les avoit tirées subtilement avec de sencre : lors qu on lamasche elle est désagréable, à cause de sa douceur mélée d’unpeu damertume : elleaugmente Sc fortifie beaucoup les esprits vitaux, combien que fa dose ne soit à pei-ne que de deux scrupules : si on en prend un peu d avantage, il redonne les forcesaux debiles, 3c excite dans le corps une chaleur agréable : on s’en sert avec plaisir lorsqu elle a paísee par le Bain de Marie , car elle rend une odeur souefve comme lessenteurs aromatiques : Ceux qui sont d une constitution plus robuste,& plus chaude,sont en danger de la vie, s’ils en usent, à cause de l’augmentation & effervescencedes esprits ; mais elle fait miracle pour les foibles, Sc restitue méme tellement lesesprits vitaux aux mourans, qu ils ont souvent aises de temps pour se servir dautres 'remedes ,3c recouvrer la santé. Bresles Chinois disent merveilles de cette racine, ,qu’ils trouvent dans les Provinces de Bering 3c de Xanfi, 3c la vendent si cher,qu onn en donne qu une livre pour trois d’argent.
Rhubarbe. Les Provinces de Xenfi &rde Suchuen produisent force PJjuharbe j nommée deshabitans Taihoang , laquelle n est pas sauvage comme l'on pense - mais a besoin d’e-stre cultivée avec soin. On dit qu on en trouve aussi dans les Royaumes de Tangut,de Tebet , de Cafcar , de Perse , de Mogol, & Arménie , d’ Arabie , Sc ailleurs, mais ilest à croire qu elle y est transportée de la £$/»f,puis-que les Médecins de ces Royau-mes l’appellent T^avend Cini, ou T{avedSìnì , c'est à aire plante ou herbe de la Chine,
3c qu’ils soutiennent que la vraye croist à foison, à lentour des montagnes de Succui,qui est la Province de Suchuen mentionnée cy deflus. Cette plante donc produit désla racine une tige verte, de la hauteur dune paume » garnie de beaucoup de feuil-les , qui ont environ deux paumes de longueur ; toutesfois elles sont plus longues Scplus courtes, selon que la plante est vieille ou jeune ; au demeurant elles sont étroi-tes par le bas, Sc plus larges au bout, Sc arrondies, recourbées contre terre, Sc co-tonnées tout à l entour. Quand elles commencent à pousser, elles sont vertes, maisdés auísi-tost quelles sont grandes, elles deviennent jaunâtres, Sc sc couchent con-tre terre. Du milieu de la toufe de ses feuilles il sort une petite tige, ou surgeonchargé de fleurs, qui en issent fans aucun ordre, blanches, purpurines, Sc sembla-bles aux Violettes de Mars ; elles sont toutesfois plus grandes, d une odeur vehe-
men-