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J’allai d’abord saluer M«. les Députez du Commerce,& je leur remis les ordres dont Monseigneur dePontchartrain m’avoit chargé. Comme il n’y avoirpoint de bâtiment prêt à partir pour le Levant,nous eûmes tout le temps de considérer les beautezde cette ville, & d’admirer les changemens qu’ouy a faits fous ce règne. Si l’on continue d’y bâtiravec la même magnificence , elle reprendra bien-tôt la beauté qu’elle avoir du tems des Grecs &des Romains : car tout ce que nous y voïons del’ancienne ville cil l’ouvrage des derniers siécles,qui se ressentoieut encore du mauvais goût & del’ignorance des Goths.
Strabon, le plus exact des anciens a Géographes,tout prévenu qu’il étoit en faveur des villes d’Asie,où l’on n’emploïoit que marbre & que granit, dé-crit Marseille comme une ville très-bien bâtie &d’une grandeur considérable, disposée en maniéré dethéâtre autour d’un t> port naturellement creusédans les rochers. Peut-être même étoit-elleencoreplus superbe avant le régné d’Auguste, sous lequelvivoit Strabon : car cet auteur parlant de c Cyziquecomme d’une des plus belles villes d’Asie, remar-que qu’elle étoit enrichie des mêmes ornemens d’Ar-chitecture, qu’on avoit autrefois vus dans Rhodes,dans Cartage & dans Marseille.
On n’y trouve aucuns restes de cette anciennemagnificence, en vain y chercheroit-on les fonde-mens des temples d’Apollon & de Diane, que leshabitans de la ville dc Phocée ses fondateurs yavoient bâtis. Nous sçavons seulement que ces•édifices étoient fur le haut de la ville. On ignoreaussi l’endroit où Pytheas fit dresser cette célébré «aiguille pour déterminer la hauteur du pôle de Mar-seille. Pytheas qui étoit de cette ville, & qui vivoitdu temps d’Alexandre, a été selon Mr. Gassendi,le plïs ancien de tous les gens de lettres, qu’onait vûs en Occident. II est glorieux à la France,comme le remarque f M r . Castini le plus grand As-tronome de nôtre temps , d’avoir eû une personnecapable de porter les spéculations à un point de sub-tilité , où les Grecs qui vouloicnt passer pour les in-venteurs de toutes les sciences, n’avoient pû encore.atteindre.
Non seulement Marseille peut sc vanter d’avoirdonné l’entrée aux sciences dans les Gaules, maisencore d’avoir formé l’une des trois plus fameusesAcadémies du monde, & d’avoir partagé ses éco-liers avec Athènes & Rjiodes. gOn venoit à Mar-seille de toutes parts pour y apprendre les belles let-tres & la Philosophie. La politeílë y étoit si gran-de , que les Romains y faiíbicnt élever leurs en-fans ; & les Gaulois qui ne se piquoient pas trop dccette vertu, trouvoient tant de beauté dans la Lan-gue Gréque, que l’on parloit à h Marseille dans fa
* T{erum Gag. Iib. 4.
b A AKÓé'cev. Euftat. ad Dìonys. Perte*, v. 75.
C ìbìd. Iib. 12.
d Kría-ua. é't t n tmítov » Masnrct/.jíi. Strab., T^er.Getg, lib, 4.
€ l'.cty.W. S trait. ibid. hk, r.
V A N T. z
pureté , qu’ils s’en íèrvoicnt même dans les actespublics.
_ Quoique le commerce fasse aujourd’hui la prin-cipale occupation des habitans de Marseille, il nelaillè pas d’en sortir de fort habiles gens pour lesSciences & pour les beaux Arts. C’clt avec raison■que la France a admiré l’éloquence de M r . Mas-caron Evêque d’Agcn. Le Chevalier d’Hervicusçavoit bien les Langues Orientales. Mr. Rigordtient un illustre rang parmi les Antiquaires : & leP. Feuillée Minime parmi les Astronomes. Le P.Plumier du même Ordre & de la même Ville, s’estimmortalisé par la découverte de plus de 900. plan-tes, lesquelles avoient échappé à la diligence des au-tres voyageurs d’Amerique. II est mort fur la finde satinée 1704. au Port Sainte Marie, vis-à-visCadis, où il s’étoit rendu par ordre du Roi, pourpasser dans le Perou.
í Nous ne restâmes pas long-temps à Marseille,sans aller voir les derniers ouvrages de M r . Puget,admirable Sculpteur, grand Peintre, excellent Ar-chitecte. II naquit à Marseille en 1623. de parensqui n’avoient pas assez de bien pour soutenir leurnom. Les heureuses dispositions qu’il avoit pourle dessein parurent dès qu’il put manier le crayon.On le mit à l’âge de quatorze ans chez le SieurRoman, le plus habile Sculpteur & le meilleur con-structeur de galères. II fut si satisfait de son élevsaprès deux ans d’apprentissage, qu’il lui confia le foinde la sculpture & de la construction d’un de ces bâ-timens. Après ce coup d’estai, le jeune Puget par-tit pour l’Italie , & resta près d’un an à Florence,où il fit six guéridons ículpçz pour le Grand Duc,qui lui auroient attiré des ouvrages plus considéra-bles , lì la passion qu’il avoit de voir Rome ne luieût fait quitter cette Cour. A Rome il s’appliquauniquement à la Peinture, & donna si bien dans lamaniéré de Pierre de Cortone, que ce fameux Pein-tre passant un jour devant une maison où Mu Pugetavoit à dessein fait exposer un de ses tableaux, il envoulut voir l’Auteur, & rengagea à le suivre à Flo-rence où il alloit peindre une galerie pour le GrandDuc ; mais M r . Puget repasta bien-tôt à Rome ,averti par un Pere Feuillant, que la Reine Mere yavoit envoyé pour faire dessiner les plus belles anti-ques , qu’il seroit employé pour satisfaire aux ordresde Sa Majesté. II s’acquita parfaitement de fa com-mission , & prit tant de goût pour la Peinture, qu’ily resta prés de 1 y. ans, & ne revint chez lui quepour recueillir la succession de son pere. Le Ducde Brezé, Grand Amiral de France lui ordonna defaire le modèle du plus beau vaisseau qu’il fut capa-ble de faire exécuter ; on suivit ce modèle, & levaistèau fut nomme La Reine. II inventa pour lorsces belles galeries que les étrangers ont admirées, &A 2 qu’ils
f Mimoirti di M/ahmatìqut if dt Tbystqui di s^ícadímieda Sciences, du zi. Mars i6p2.
g Tacit. in vita *Agric. cap. 4,
h Strab. ' Rer. Geog. iib • 4,
i Eloge d: M,