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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LE

Jallai dabord saluer M«. les Députez du Commerce,& je leur remis les ordres dont Monseigneur dePontchartrain mavoit chargé. Comme il ny avoirpoint de bâtiment prêt à partir pour le Levant,nous eûmes tout le temps de considérer les beautezde cette ville, & dadmirer les changemens quouy a faits fous ce règne. Si lon continue dy bâtiravec la même magnificence , elle reprendra bien-tôt la beauté quelle avoir du tems des Grecs &des Romains : car tout ce que nous y voïons delancienne ville cil louvrage des derniers siécles,qui se ressentoieut encore du mauvais goût & delignorance des Goths.

Strabon, le plus exact des anciens a Géographes,tout prévenu quil étoit en faveur des villes dAsie, lon nemploïoit que marbre & que granit, dé-crit Marseille comme une ville très-bien bâtie &dune grandeur considérable, disposée en maniéré dethéâtre autour dun t> port naturellement creusédans les rochers. Peut-être même étoit-elleencoreplus superbe avant le régné dAuguste, sous lequelvivoit Strabon : car cet auteur parlant de c Cyziquecomme dune des plus belles villes dAsie, remar-que quelle étoit enrichie des mêmes ornemens dAr-chitecture, quon avoit autrefois vus dans Rhodes,dans Cartage & dans Marseille.

On ny trouve aucuns restes de cette anciennemagnificence, en vain y chercheroit-on les fonde-mens des temples dApollon & de Diane, que leshabitans de la ville dc Phocée ses fondateurs yavoient bâtis. Nous sçavons seulement que cesédifices étoient fur le haut de la ville. On ignoreaussi lendroit Pytheas fit dresser cette célébré «aiguille pour déterminer la hauteur du pôle de Mar-seille. Pytheas qui étoit de cette ville, & qui vivoitdu temps dAlexandre, a été selon Mr. Gassendi,le plïs ancien de tous les gens de lettres, quonait vûs en Occident. II est glorieux à la France,comme le remarque f M r . Castini le plus grand As-tronome de nôtre temps , davoir une personnecapable de porter les spéculations à un point de sub-tilité , les Grecs qui vouloicnt passer pour les in-venteurs de toutes les sciences, navoient encore.atteindre.

Non seulement Marseille peut sc vanter davoirdonné lentrée aux sciences dans les Gaules, maisencore davoir formé lune des trois plus fameusesAcadémies du monde, & davoir partagé ses éco-liers avec Athènes & Rjiodes. gOn venoit à Mar-seille de toutes parts pour y apprendre les belles let-tres & la Philosophie. La politeílë y étoit si gran-de , que les Romains y faiíbicnt élever leurs en-fans ; & les Gaulois qui ne se piquoient pas trop dccette vertu, trouvoient tant de beauté dans la Lan-gue Gréque, que lon parloit à h Marseille dans fa

* T{erum Gag. Iib. 4.

b A AKÓé'cev. Euftat. ad Dìonys. Perte*, v. 75.

C ìbìd. Iib. 12.

d Kría-ua. é't t n tmítov » Masnrct/.jíi. Strab., T^er.Getg, lib, 4.

l'.cty.W. S trait. ibid. hk, r.

V A N T. z

pureté , quils sen íèrvoicnt même dans les actespublics.

_ Quoique le commerce fasse aujourdhui la prin-cipale occupation des habitans de Marseille, il nelaillè pas den sortir de fort habiles gens pour lesSciences & pour les beaux Arts. Cclt avec raisonque la France a admiré léloquence de M r . Mas-caron Evêque dAgcn. Le Chevalier dHervicusçavoit bien les Langues Orientales. Mr. Rigordtient un illustre rang parmi les Antiquaires : & leP. Feuillée Minime parmi les Astronomes. Le P.Plumier du même Ordre & de la même Ville, sestimmortalisé par la découverte de plus de 900. plan-tes, lesquelles avoient échappé à la diligence des au-tres voyageurs dAmerique. II est mort fur la finde satinée 1704. au Port Sainte Marie, vis-à-visCadis, il sétoit rendu par ordre du Roi, pourpasser dans le Perou.

í Nous ne restâmes pas long-temps à Marseille,sans aller voir les derniers ouvrages de M r . Puget,admirable Sculpteur, grand Peintre, excellent Ar-chitecte. II naquit à Marseille en 1623. de parensqui navoient pas assez de bien pour soutenir leurnom. Les heureuses dispositions quil avoit pourle dessein parurent dès quil put manier le crayon.On le mit à lâge de quatorze ans chez le SieurRoman, le plus habile Sculpteur & le meilleur con-structeur de galères. II fut si satisfait de son élevsaprès deux ans dapprentissage, quil lui confia le foinde la sculpture & de la construction dun de ces-timens. Après ce coup destai, le jeune Puget par-tit pour lItalie , & resta près dun an à Florence, il fit six guéridons ículpçz pour le Grand Duc,qui lui auroient attiré des ouvrages plus considéra-bles , la passion quil avoit de voir Rome ne luieût fait quitter cette Cour. A Rome il sappliquauniquement à la Peinture, & donna si bien dans lamaniéré de Pierre de Cortone, que ce fameux Pein-tre passant un jour devant une maison Mu Pugetavoit à dessein fait exposer un de ses tableaux, il envoulut voir lAuteur, & rengagea à le suivre à Flo-rence il alloit peindre une galerie pour le GrandDuc ; mais M r . Puget repasta bien-tôt à Rome ,averti par un Pere Feuillant, que la Reine Mere yavoit envoyé pour faire dessiner les plus belles anti-ques , quil seroit employé pour satisfaire aux ordresde Sa Majesté. II sacquita parfaitement de fa com-mission , & prit tant de goût pour la Peinture, quily resta prés de 1 y. ans, & ne revint chez lui quepour recueillir la succession de son pere. Le Ducde Brezé, Grand Amiral de France lui ordonna defaire le modèle du plus beau vaisseau quil fut capa-ble de faire exécuter ; on suivit ce modèle, & levaistèau fut nomme La Reine. II inventa pour lorsces belles galeries que les étrangers ont admirées, &A 2 quils

f Mimoirti di M/ahmatìqut if dt Tbystqui di s^ícadímieda Sciences, du zi. Mars i6p2.

g Tacit. in vita *Agric. cap. 4,

h Strab. ' Rer. Geog. iib 4,

i Eloge d: M,