Buch 
Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
Seite
52
JPEG-Download
 

fi V O Y

rasse íàns «'informer sil clî mort dune maladie delangueur, ou on la cru mort, quoiquil fût enco-re en vie, comme cela est arrivé à quelques apoplec-tiques , qui n'ont pas faille den revenir. Le con-voi sarrête au milieu de la principale place : on y jpleure fort amèrement, au moins en apparence:les. jsapas disent soflsice des morts autour du corps :après quoi on le porte à lEglise, il est inhumédès que lon a récité quelques oraisons accompa-gnées de pleurs, de gémillèmens,de íànglots feintsou véritables.

Le lendemain on íonne encore les cloches : onsert un Colyva dans la maison, sur un tapis éten-du par terre : les parens & les amis se rangent àlcntour : on pleure pendant deux heures, tandisque lon dit la Messe des morts àlEgliíè. Le soiron y porte un autre Colyva avec une bouteille devin : les parens & les enfans du mort qui íònt ma-riez, en envoyeur autant. Les plats font distribuezanx Papas , qui récitent loffice : chacun mange& boit comme il lentcnd , à condition que l'onpleurera de temps en temps par bienséance.

Le troisième jour au matin on envoye dautrcsColyvas, & comme lon ne dit quune Messe parjour dans chaque Eglise, les Papas prennent leursplats, & sen vont célébrer dans leurs chapelles.Les autres jours jusques au neuf, on dit seulementdes Meííès : le neuvième jour on fait la. même. cé-rémonie que le troisième.

Le quarantième jour après le décès , à la fin dutroisième mois, du sixième, du neuvième, & aubout de lan, on répète la même chose que le troi-sième jour ; bien entendu qne lon ne manquepas dy pleurer. Tous les-ans les héritiers font por-terie Colyva à FEglise, le jour du décès de leurpere & de leur mere : cest pour cette fois que lacérémonie se fait lans lamentation

Tous les Dimanches de la première année dudécès & quelquefois même de la seconde,, on don-ne à un pauvre un grand gâteau, du vin, de laviande, & du poiílòn : le jour de Noël on fait lamême charité , de manière quon ne, voit passerdans-les rues que des quartiers de mouton, des bé-casses, & des bouteilles de vin. Les Papas en.dis-tribuent aux pauvres autant quil leur plaît, à fontbonne chere du reste: ..cartoutes ces offrandes vontde lEglife chez eux. Ainsi ces Ministres Ecclé-siastiques ont plus de bien quils nen sçauroientconsomner, dailleurs indépendamment du ca-sse! de lEglife, on les- accable dautres préfens.Les héritiers pendant la première année donnentsoir & matin anx pauvres, la portion de viande, depain -, de vin & de fruit, qne le mort auroit man-gée sil eût vécu.

Nous vîmes, une feene bien différente & bientragique, dqns la même Isle à loccasion a dún de

a Veoucoìacas. BfiwxtAxxnc,\ B pwxfauxatì Bsv-áL-

> Spectre composé d*un corps mort & dun-llyen a crejtnt gwc itycv&îiytKCf uns ,ch<uognç.

AGE

ces morts que lon crois revenir après leur enterrerment. Celui dont on va donner lhistoire , étoitun parfait de Mycoite naturellement chagrin & que-rcleux ; ccst une circonstance à. remarquer par rap-port à pareils sujets : il fut tué à la campagne, on11e sçait par qui, ni comment. Deux jours aprèsquon ieut inhumé dans une chapelle dc la ville lebruit courut quon le voyoit la nuit fe promener àgrands pas, quil venoit dans les maisons renverserles meubles,. éteindre les lampes , embrasser lesgens par derrière, & faire mille petits tours despié-gle. On ne fit quen rire dabord ; mais laflairedevint serieuse lorsque les plus honnêtes gens com-mencèrent à fe plaindre : les Papas même conve-noient du fait, & fans doute quils avoient leursraisons. On ne manqua pas de faire dire des Mes?ses : cependant le païsim continuoit fa petite vie,fans íè corriger. Après plusieurs aíïcmblées desprincipaux de la ville, des Prêtres & des Religieux,on conclut quil falloir suivant je ne sçai quel an-cien cérémonial, attendre les neuf jours après sèn-terreraent.

Le dixième jour on dit une Messe, dans la cha-pelle étoit le corps, afin de chaisier lc démon,que lon croyoit sy être renfermé. Ce corps futdéterré après la Meiîè, & lon fe mit cn devoir delui arracher le cœur. Le boucher de la ville assezvieux & fort mal adroit, commença par ouvrir leventre au lieu de la poitrine : íl fouilla Iong-tempsdans les entrailles , fans y trouver ce quil cher-cheur : enfin quelquun lavertit quil falloit percerle diafragme. Le cœur fut arraché avec ladmira-tien de tous les assistans. Le cadavre cependantpuoit si fort, quon fut oblige de brûler de lencens;mais la fumée confondue avec les exhalaisons decette charogne.,, ne fit quen augmenter la puan-teur, & commença déchauffër la cervelle de cespauvres gens. Leur imagination frappée du spec- -racle, fe remplit de visions. On savifa de dire quilíòrtoit une fumée épaiíïè dc ce corps : nous isolionspas dire que cétoit celle de lencens. On ne crioitque Froucolacas dans la chapelle & dans la placequi est au devant : cest le nom qn"on donne à cesprétendus revenants. Le. bruit fe répandoit dans .îes rues comme par mugissemens, & ce nom sem-bloit être fait pour ébranler la voûte de la chapel-le. . Plusieurs des astistans assuroieut que. le íàng dece malheureux étoit bien vermeil : le boucher j u-roit que le corps étoit encore tout chaud ; dlon concluoit que le mort avoir grand tort de nê-tre pas bien mort, ou pour mieux' dire de sétre laiííëranimer par le diable ; cest- précisément .sidééquils ont dun Froucolacas. On faisoit. alors rcten- -tir ce nom dune manière étonnante. II entra dansce temps- une foule de gens, qui protestèrent tout .haut , quils sétoient bien apperçûs, que ce corps

né-

Bfcií*íc ir Boîpso?, c'cít ce limon si puant jh» croupit au fouit dit.vieux fojfez., car Adams fyj/it uafosle, .