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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVA

tailler ce rocher pour servir d’Ecole aux gens quivoulaient s’instruiré des Poésies d’Homere regardécomme le plus grand de tous les Poètes, commeun excellent Hiltorien, & comme le plus habile desGéographes : cette Ecole donc étoit peut-être fen-drait où se saisoient les leçons & les répétitions ;le maître étoit fur le cube , & les écoliers fur les

bords du bassin.

Jamais ouvrage n’a passé par tant de mainsque les vers d’Homerc. -> Josephe allure que latradition les a conservez dès les premiers tempsqu’ils parurent , & qu’on les apprenois par cœurfans les' écrire. b Lycurgue , fameux législateurde Lacedemone trouva toutes ces pieces en Ioniechez les descendans de Cleophyle , d’où il les ap-porta dans le Peloponnese. On recitoit ces mor-ceaux d’Homere fous differens noms, comme l’onchante aujourd’hui des pieces détachées des plusbeaux Opéra : c mais Solon , Pilîstrate & Hippar-que son fils trouvèrent f arrangement de toutes cespieces, & en firent deux corps bien suivis , l’unfous le nom de l’Iliade , & l’autre fous celui de

l’Odyssée. Aristote retoucha ces Poèmes par ordred’Alexandre , & ce Conquérant même se fit unplaisir d’y travailler avec Callisthéne & Anaxar-que. Cette édition des ouvrages d’Homere s’ap-pella, d )'édition de la cajjette , parce qu’on la ter-roir dans une cassette qu’Alexandre tenoit fous sonoreiller avec son poignard e . II fit mettre ensuitece livre dans un petit coffre à parfumsgarni d’or,de perles & de pierreries , qui se trouva parmi lesbijoux de Darius. í Zenodote d’Ephese , préce-pteur des Ptolemëes, Aratus, Aristophane de By-zance, Aristarque de Samothrace, & plusieurs au-tres beaux esprits ont prétendu rendre à Homereíès premieres beautez : mais on y a fait tant dechangemens , qu’on dit qu’il ne s’y reconnoîtroitpeut-être pas lui-même. Cependant il faut avouerqu’on n’a rien vû chez les Grecs de si accomplidans ce genre. Paterculus en fait i’éloge en peude paroles à son ordinaire. ( défi h seul Poète, dit-il, qui mérité ce nom ; if ce qu'il y a d'admirableen cet homme,c'efl qu'il ne s'ejl trouvé personne avantlui qu'il ait pû imiter , if qu'après fa mort il n'apú trouver ct imitateurs.

Outre l’Ecole d’Homere, on montre la maiíònoù il est né, & où il a fait la plupart de ses ou-vrages. On juge aisément que cette masure doitêtre en mauvais état ; car Homere , suivant lesmarbres g d’Oxford, vivoit 961. ans avant Jeíìis-Christ. Cette maison est dans un lieu qui porte

a Lib. 1. centra ^Appian.

b Plutarc. in Lyibrf. Herdclid. de Polit. t/£,U*n. serf. Hift. lib.1$. c. 14.

C Laert. in Selon. Cic. de Ors.t. lìb. z. Plato in tìippdrch. Pttifan.in lAchdic. Plutarc. in --Alex. Strab. hb. 1

d Hv U tb NopS-nJí*? tut.wrtv, Plmarc. în Alex. £r Strab . ibid.c P tin. Hiji. nat. lìb. 7. cap, 9.f Swd,

g Marra. Oxon. Epocb. 30*

N T. Lettre IX. 147

le nom du Poète , au nord de l’Isle, auprès deVoliíïo dont l’Auteur de la vie d’Homere , &h Thucydide ont parlé fous le nom de Bol issus.1 Volislò est au milieu des champs Arvisiens quifournissoient le nectar , & peut-être que cette li-queur n’avoit pas peu contribué à élever le gé-nie d’Homere. k II est représenté sur une des mé-dailles du Cabinet du Cardinal Barberin , assisfur une chaise, tenant un rouleau où il y a quel-ques lignes d’écriture : le revers représente le1 Sphinx , qui étoit le symbole de Scio. Le P.Hardouin parlé d’une semblable médaille; M.Bau-delot en a de m Smyrne, qui sont du même type,mais dont la légende est dísserente.

“ Au reste de séjour de Scio est fort agréa-ble , & les femmes y ont plus de politesse que dansles autres villes du Levant. Quoique leur habitparoisse fort extraordinaire aux étrangers, leur pro-preté les distingue des Gréques des autres Isles.On fait bonne chère à Scio : les huîtres qu’on yapporte de Metelin font excellentes, & toute for-te de gibier y abonde, surtout les perdrix ; elles ysont aussi privées que les poules. Il y a des gensdu côté de Vessa & d’Elata qui les élèvent avecfoin : on les méne le matin à la campagne cher-cher leur nourriture comme des troupeaux de mou-tons; chaque famille confie les siennes au gardiencommun , ce gardien les ramene le soir, & on lesappelle chez soi avec un coup de siflet : s’il phitau maître de faire venir pendant la journée cellesqui lui appartiennent, on les avertit avec le mêmelignai, & on les volt revenir fans confusion. J’aivu un homme en Provence , du côté de Grasse,qui conduisoit des compagnies de perdrix à la cam-pagne , & qui les faifoit venir à lui, quand il vou-loir : il les prenoit avec la main, les mettoit dansson sein, & les renvoyoit ensuite chercher leur vieavec les autres.

A l’égard des plantes, l’Isle de Scio en produitde parfaitement belles. Les deux efpeces de Léon-upetalon , dont j’ai parlé dans le Corollaire desInstitutions de Botanique., y font fort communesen certains quartiers. Nous observâmes auprèsde la ville uneespece d’Aristoloche, dont la fleurme parut si extraordinaire , que j’en ai fait graverla figure.

0 La racine de cette plate a un pied & de-mi, on deux pieds de long , épaislè de deux pou-ces, piquante en fond, dure , ligneuse, traver-sée par un nerf fort solide , jaunâtre , marbréepar rayons de blanc & de roullâtre , couverteT z d’une

h Híhttrrot. Thuàdtd. lìb .

i ^Author. vita Homer.

k Léo aillât, de patria Hom*

1 OMHPOUXinN-,

mlMTPNAIíìN.

n \U* OfAìipov yàp vofAÍa-fAoL'u *v*pc«j»atT7«F* Jttl. Poil . lìb. 9*

cap. 6.

o Aristolochia Chia, loHga, subhirfuta» folio oblongo , floretninmio. CorolL. Initie. íUiJhcrb. r,