DU LEVA
mais il faut laisser à gauche l’écueil qui est à soncouchant ; f entrée du port a Sígre est entre le midi& le b lud-ouest.
Le canal de Lesbos à la terre ferme est, selonStrabon & Pline, de sept milles & demi : il est pluslarge à son entrée où sont les Isles de c Miosconifi ,qui se répandent sur la côte de Pancienne ville dePhocée. Une partie des habitans de cette villene pouvant s’accommoder de la domination desPerses , vint fur la côte de Provence bâtir Mar-seille.
Nous mîmes à la voile du port de Petra le 2, y.Mars à une heure après minuit, & au point dujour nous nous trouvâmes à la vûë de Tenedos.Strabon détermine la distance de ces deux Isles à6 z. milles , & Pline à 56. on en compte ordi-nairement 60. terme moyen entre les deux pre-miers.
TENEDOS n’a pas changé de nom depuis laguerre de Troye : tous les anciens Auteurs con-viennent que cette Isle , qui se nommoit Leuco-phrìs , fut appellée Tenedos, du nom de Tenés ouTenues qui y mena une colonie. Diodore de Si-cile en parle en véritable Historien, d Tenues, dt't-il, fut un homme illustre par là vertu ; il étoit filsde Cycne Roi de Colone dans la Troade; & aprèsavoir bâti une ville dans Pille Leucophris , il luidonna le nom de Tenedos. Ce Prince fut chéri deses sujets pendant fa vie, & adoré après fa mort ;car on lui drellà un Temple où on lui immoloitdesvictimes. Diodore traite de fable ce que les habi-tans de Tenedos publioient de son temps : cepen-dant Pausanias & Suidas en parlent fort sérieuse-ment. « On prétend donc que Tennés fut fils deCycne & de Proclée sœur de Caletor, qui fut tuépar Ajax dans le temps qu’il voulut brûler les vais-seaux de Protesilaiis. Après la mort de Proclée ,Cycne épousa Philonome, qui par-là devint belle-mere de Tennés & d’Hemithée fa sœur. L’Histoireajoûte que cette belle-mere trouva tant de charmesdans Tennés, & si peu de disposition à s’en faireaimer, qu’elle se plaignit à son époux que son filsavoit voulu la violer. Etienne de Byzance ajoûtequ’elle produisit pour témoin un joueur de flûte defa Cour. Cycne autant pénétré de la vertu de fafemme, qu’outré de l’iníòlence de son fils, le fitenfermer dans un coffre , où Hemithée fa íbeurvoulut lui faire compagnie. On les exposa sur lamer qui les jetta sur les bords de l’Isle dont nousparlons ; ces deux charmantes personnes y furentreçûés avec tant d’applaudislement, que Tennés enfut déclaré Roi. Quelque temps après , Cycneconvaincu de l’innocence de son fils, voulut des-
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N T. Lettre IX. 151
cendre à Tenedos pour lui en témoigner son cha-grin; mais Tennés bien loin de le recevoir, s’enalla au port, où avec une hache il coupa le cablequi y tenoít attaché le vaisseau de son pere. La ha-che ne fut pas perdue, Periclyte citoyen de Tene-dos prit foin de la faire porter à f Delphes dans leTemple d’Apollon, & les Tenediens en consacrè-rent deux dans le Temple de leur ville.
Ces avantures firent du bruit, & donnèrent lieuà deux proverbes. Quand on vouloir parler d’u nà>x témoin, on diíòit que c’étoit Ë un stûteur deTenedoS' ; & l’on citoit la hache de h Tenedos ,lorsqu’il étoit question d’une affaire qu’il falloir dé-cider fur le champ. Aristote cité par Etienne deByzance, explique autrement le fait. Il dit qu’unRoi de Tenedos ayant par une loi expresse condam-né les adultérés d’avoir la tête tranchée à coups dehache, le premier exemple s’en fit en la personne deson fils : ce Géographe allure qu’on representa surdes médailles de l’Isle les têtes de deux amans ados-sées, au revers c’étoit la hache avec laquelle on lesavoit coupées. Goltzius a donné le type d’unesem-blable médaille. On pourroit l’expliquer suivant laremarque d’Etienne; mais la conjecture de > M-.de Boze Secretaire perpétuel de l’Académie Royaledes Inscriptions & des Médailles, est beaucoup plusheureuse & tout-à-fait naturelle. Cet Académi-cien , en qui l’érudition a devancé les années, croitque ces deux têtes font celles de Tennés & d’He-mithée sa sœur : sa pensée est confirmée par uneautre médaille du cabinet de M r . Bande!ot, surlaquelle ces deux têtes adossées ont une cípece dediadème.
M n Baudelot, qui est fertile en conjectures in-enieuses, croit que l’une de ces têtes est celle deupiter, & l’autre celle d’une Amazone, qui dansle temps des courses de ces Héroïnes, avoit fondéquelque ville dans Tenedos. Cela n’esl pas horsde la vraisemblance, & les habitans de cette Isle envoulurent peut-être conserver la mémoire sur leursmonnoyes , comme firent ceux de Smyrne, d’E-phese, & de plusieurs autres villes d’Asie. La ha-che qui est fur le revers de ces médaillés favorisetout-à-fait le sentiment de M r . Baudelot; car toutle monde regarde cet instrument à double tren-chant, comme le symbole des Amazones. Cepen-dant d’un autre côté l’on a cru que c’étoit celuidont on se scrvoit pour assommer les criminels dansTenedos. Pour exprimer un Juge impitoyable,on disoit, selon Suidas, k C'est un Avocat de T'ene-dos. Les haches étoient en si grand uíàge dans cet-te Isle, qu’il y avoit toujours derriere le Juge unOfficier armé d’une hache, & prêt à en donner fur
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