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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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montagne située entre le couvent & le port de la8cala. On y entre par une allée fort étroite, tail-lée à moitié dans le roc & qui conduit dans la cha-pelle : cette chapelle n’a que huit ou neuf pas delong, fur cinq pas de large, la voûte en est belle,quoique d'un cintre un peu Gotique : à droite estla grote de Saint Jean, dont l’entrée haute d’envi-ron 7. pieds, est partagée en deux par un pillierquarré. On fait remarquer aux étrangers tout auhaut de cette entrée une fente dans la roche vive,& ces bonnes gens croyent que ce fut par-là que lavoix du Saint Esprit se fit entendre à Saint J can :la grote est basíè & n’a rien de particulier. Le Su-périeur, qui nous fit présent de quelques morceauxde ce rocher , nous dit qu’ils avoient la vertu dechasser les esprits malins, & qu’ils guerislòient plu-sieurs maladies ; en revanche Je lui donnai des pi-lules fébrifuges , dont il avoit grand besoin pourchaílêr une fièvre intermittente qui le fatiguoit de-puis quelques mois. La citerne de la maison estâ gauche de la chapelle, au bas de la fenêtre.

Nous montâmes une seconde fois au grand cou-vent de Saint Jean pour y faire une station Géogra-phique.

Lero reste entre le fud-est & l’est-sud-est

Lipso à l’est.

Calimno au fud-est.

Nicaria au nord-ouest.

Arco entre le nord-est & l’est-nord-esl.

Nous partîmes de Patmos le iy. Février par leplus beau temps du monde, dont il faut L défierdans cette saison , car c’est ordinairement le pré-sage de la tempête : nôtre dessein étoit de passerà Nicaria ; le -> fud-est fut si violent qu’il nousfit relâcher à b Saint Minas, qui est une des Islesde Fourni, où nous fûmes trop heureux d’arriverínr le soir. Le lendemain le vent fut encore plusfrais : nous en fûmes consolez par l’efperance devisiter tous les recoins de cette Isle malgré la pluye,la grêle , les éclairs & le tonnerre , qui étoienteffroyables. Nous herborisâmes donc en capot tê-te baissée, & ne revinmes que le soir chargez debelles plantes : cependant comme il n’y a point decavernes dans cette Isle, ou pour mieux dire,com-me nous ne fçavions pas où elles étoient, nosmatelots pour nous mettre à couvert, s’occuperenttout le jour à déchirer une vieille barque Fran-çoise qui y avoit échoué depuis quelques mois. Desdébris de ce bâtiment, nous dreslâmes fur le soirune méchante hutte, où il pleuvoit de tous còtez ;car la charpente étoit vermoulue ; & malheureuse-ment un ouragan renversa nôtre édifice dans letemps que nous croyons être à nôtre aise. Il fal-lut le redresser & le charger de pierres ; on bouchala porte avec la voile du caïque : nous craignionsà tous momens qu’un coup de vent n’enlevât les

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' planches du couvert, & ne fît tomber les pierresfur nos têtes.

Lc troisième jour qui étoit le 17. Février n’ayantà manger que du biscuit , & à boire que de l’eaude pluye qui couloir des rochers toute bourbeuse,nous tentâmes le paííàge , & courûmes grand ris-que d’être engloutis dans la mer : car les vaguesdonnant en flanc contre nôtre caïque I’auroientrenversée , sans la voile qui lc redreífoit , & lavoile étoit souvent forcée par le vent, fi bien quenôtre bord étoit quelquefois à fleur d’eau, ou n’a-voit tout au plus que deux ou trois pouces de ban-de : quand le caïque suivoit les vagues, i! fembloítqu’il s’alloit abîmer. Nous n’étions pas fort tran-quilles dans un bateau de 1 y. pieds de long avectrois matelots fort mal-adroits & fort épouvantez,l’un ramoit , l’autre étoit au timon, le troisièmetenoit l’efcoute de la voile : étourdis & effrayez,nous n’oíìons ouvrir les yeux crainte de voir lamer qui nous faifoit horreur ; mais il fallut biennous remuer : je ne sçai comment on gouver-noit le timon , une seule vague remplit tout d’uncoup nôtre caïque, & nous n’avions pour la vui-der que nos chapeaux & des morceaux de cal-baste , qui nous fervoient d’uíìenciles pour nôtreménage.

Nôtre peur redoubla à la vûë de quelques ci-trons qui vinrent en flottant fnr l’eau nous annon-cer qu’un gros caïque réfugié à Saint Minas avoitéchoué : ‘ nous avions bû le jour précédent aveccinq matelots qui le conduisoient, & qui avoientété à Stanchio charger de ces fruits. Gcs mate-lots comptoient fur Ta bonté de leur bâtiment quîétoit tout neuf ; mais comme ils n’avoient pointde boussole, non plus que nous , & que l’on nevoyoit qu’obscurément le cap de Samos, ils íè bri-sèrent contre les roches. Nous tinmes alors con-seil de marine, & tout bien considéré, au lieu d’al-lcr à Nicaria , on ne songea qu’à doubler le capde Samos : heureusement nous gagnâmes le nordde l’Ifie, où nous trouvâmes une bonace si gran-de, que la mer ressembloit à de l’huile , commedisent les matelots : on fut donner fond à Carlo-vaffi, & nous envoyâmes chercher des Papas pourfaire dire des Messes cn action de grâces.

L’Isle de Saint Minas est dans le grand Boghasentre Samos & Nicaria , au dessous du grandFourni : toutes les Isles qui font au dessous duvent, portent le nom de Fourni, parce que lesGrecs, comme nous avons dit plus haut, se fontimaginez que leurs ports qui font fort bons, étoientcreusez en maniéré de four. Les Géographes ap-pellent ces Isles Crufia , Tragta, Dipfi , Ponelli ;mais ces noms ne font pas connus des Grecs : aumoins nos matelots, quoi qu’ils fussent du pays,n’en avoient jamais ouï parler. II est vrai qu’il y a

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