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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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le frape. & sappesantít si fort sur lui, que quel- ques-uns mont dit quil leur scmbloit devoir en être accablez.

Sans recourir à la magie, comme fait le ?.Lan-ger , il ny a quà nier toutes ces impertinences,comme nous fîmes à Skyros, lorsquon nous ra-conta les prouesses de limage. Un fort honnêtehomme de nôtre compagnie voulut sen convain-cre, & promit dix écus a Saint George , dans ledesièin de ne les lui jamais payer : au retour de lapromenade , nous allâmes à lEglife pour voir silaveugle se mettroit en devoir de le venir sommerde sa parole ou laílòmmer de coups ; mais grâcesà Dieu, ni limage, ni laveugle ne se trouvèrentpas de mauvaise humeur ce jour-.

Le P. Sauger avoit été auíïì mal informé de cesprétendus miracles , que de la nature de limage:ce nest point une image peinte , mais seulementcizelée sur une plaque dargent, ce qui nous surpritavec dautant plus de raison,que les Grecs ne peu-vent souffrir dimages en sculpture : la chapellelon conserve celle-ci est fort petite, ornée dc do-rures à la Gréque : le couvent est mal propre; maisnous y bûmes dexcellent vin rouge : il est vrai quenous navions pas mal payé la curiosité , & lesMoines qui voyoient bien à nôtre air que nous né-tions pas trop crédules , ne firent que rire de nosdemandes ; ils revenoient pourtant toûjours à leurcompte , qui est quil ne faut rien promettre à li-mage , à moins que lon nait la volonté & lesmoyens dy satisfaire ; nous convînmes de cetteproposition , & louâmes leur dévotion pour SaintGeorge, indépendemment de leurs friponneries.

Les habitans de cette :Ifle font tous du riteGrec : ils ont un autre monastère fous le nom deSaint Dimitre ; mais il est petit & pauvre : celui

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de Saint George est aux Caloyers de Sainte Laurequi vivent à Monte-Santo & qui ne députent pasles moins adroits de la maison, pour entretenir lespeuples dans la dévotion envers Saint George ; furtout ils prennent foin de bien instruire laveugle oucelui qui le contrefait.

Le Cadi est le seul Turc qui soit dans lIsle ; lesAdministrateurs font obligez de faire payer ía ran-çon en cas quil soit enlevé par les corsaires ; leshabitans en répondent & sc mettroient en devoirde le sauver si on vouloir le faire prisonnier ; ce-pendant le Cadi en passe par veulent les Admi-nistrateurs , qui lon nomme tous les ans au nom-bre de trois , ils y exercent bien la justice, & furtout envers les femmes galantes. Quand une Da-me est surprise en flagrant délit, belle ou laide,on la fait marcher par tout le village sur une ânesse,& chacun lui jette de la boue ou de la bouse de va-che & des œufs fur le visage ; cest ainsi quon enavoit traité une, peu de jours avant nôtre arrivée.

LEvêque de Skyros est fort pauvre, il ne subsistepresque que de charitez, & loge dans une maisonbâtie comme un cachot ; il est vrai que la vûë ncnest pas désagréable, on découvre la mer & quelquesbeaux vallons, qui font autour du village. On vità bon marché dans cette Isle, les moutons ny va-lent que 40. fols, & les agneaux 20. fol s, toute sor-te de gibier y abonde, & fit r tout les perdrix : leseaux en sont admirables, & toutes les roches don-nent des fontaines : le ruisseau qui va sc déchargerdans le port Saint George , est fort joli : pour yfaire aiguade on met les canots à terre , & lon yconduit leau dans des barils, par un boyau decuir.

Jai lhonneur dêtre avec un prpfond respect,&c.

LETTRE XI.

2 DESCRIPTION, DV D ETROIT DES D ARD ANELLES ,2 ÌE LA VILLE DE GALLIPOLI , ET DE CONSTAN-TINOPLE.

JVtoHSEIGNEUR,

Nous mîmes à la voile dans la nuit au port dePetra le iy. Mars 1701. dans le dessein daller àConstantinople : ce port est vers la partie Septen-trionale de lIsle de Metelin , & comme le ventétoit bon , nous découvrîmes à la pointe du jourlifle de Tenedos, & nous passâmes entre cette Isle& la Troade : fur le midi nous entrâmes dans cefameux canal, qui sépare les deux plus belles par-ties de la Terre, lEurope & lAsie : on lappelle

a Et satis amissa , lotus hic infamis ab Heile. Ovii. Efi/t-

lHelleípont, le Détroit de Gallipoli, le Canal desDardanelles,le Bras de Saint George, les Bou-ches de Constantinople : les Turcs le connoifi-sent sous le nom de Boghas, ou détroit de la MerBlanche.

_ LHellespont, comme tout le monde sait, sig-nifie la mer a d 'Heile ; car les anciens ont crûquune fille dAthamas Roi de Thebes , qui sap-pelloit Hclle, sy noya lorsquelle voulut passer enColchide avec son frere Phryxus, pour y porter latoison dor. 11 y a beaucoup dapparcnce que lenom de Dardanelles vient de Dardane , ancien-ne

Lutiid. ai tiens ,