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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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VOYAGE

traite & la solitude , lai donna insensiblementdu goût pour les fleurs ; & comme il reconnutque les Renoncules étoient celles qui lui faisoientle plus de plaisir, il écrivit à tous les Pachas del’Empire de lui envoyer les racines & les grainesdes plus belles especes que l’on pourroit trou-ver dans leurs département. Ceux de Candie ,de Chypre , de Rhodes , d’Alep , de Damas fi-rent mieux leur cour que les autres. C’est de-làque font venues ces especes admirables de Re-noncules que nous voyons dans les plus beauxjardins de Constantinople & de Paris. Les grai-nes que l’on envoya au Vizir & celles que lesparticuliers élevèrent , produisirent beaucoup devarietez. Les Ambassadeurs se firent un plaisird’en envoyer à leurs Princes : on les rectifia enEurope par la culture. Mr. Malaval n’y contri-bua pas peu à Marseille. II en a fourni à toutela France, & la France en a pourvû tous les paysétrangers. II ne faut plus aller à Constantinoplepour admirer ces belles fleurs. Mr. des Côteaux,& les curieux du fauxbourg Saint Antoine enélèvent des especes d’une beauté surprenante. Ex-cepté les Oeillets , nous n’avous point de bellesfleurs qui originairement ne soient veniies du Le-vant. Un curieux de Paris nommé Mr. Bachelierapporta de ce pays -là en 161Ç. le premier Mar-ronier d’Inde Lt les Anémones doubles. Les Tu-béreuses , plusieurs belles especes de Hyacinthes,de Narcisses , de Lys en font venues aussi ; maison les a rectifiées dans nos jardins. Il y a descantons en France très-propres pour la multipli-cation de certaines fleurs. On éleve en Norman-die des Jonquilles doubles & de très-belles Ané-mones : le climat de Toulouze plaît extrême-ment à ces sortes de fleurs. A propos d’Anemones,on raconté qu’un homme de robe à qui Mr. Ba-chelier n’avoit pas voulu communiquer la grainede ces belles Anémones ni par amitié, ni pour de3’argent, ni en tt oc, s’avisa d’aller le voir avectrois ou quatre de ses amis qui étoient du com-plot i & qu’il donna ordre au laquais qui por-toit la queue de fa robe de la laisser tomber furdes pots qui étoient dans une certaine allée ,qu’il lui désigna: les belles Anémones en questionétoient dans ces pots & leur graine prête à tom-ber. On se promena beaucoup , on s’entretintdes affaires du temps: quand on fut au lieu mar-qué , un plaisant de la compagnie se mit à fairedes contes qui rendirent le bon-homme Bachelierfort attentif, & dans le même temps le laquaisqui n’étoit pas mal adroit, laissa tomber la queuede la robe de son maître, à laquelle Rattachèrentpar leur duvet les graines des Anémones : ontroussa la robe aussi-tôt à l’ordinaire ; la com-

a Relation de ce qui íè pafla à l’audiancequ’eutMr. de Ferriol,éu Grand Visir ; & à «Us qui étoit préparée pour le Grand

pagine avança ; le curieux prît congé de Mr. Ba-chelier & se retira chez lui , où il éplucha avecsoin les graines qui tenoient à fa robe : elles fu-rent semées dès le même jour & produilîrent detrës-belles especes.

Le jardin du Palais de France à Constantino-ple est présentement bien entretenu , il est en ter-rasse d’où l’on découvre jusques aux plaines d’A-íie ; mais il n’est pas nécessaire détendre la veuësi loin , Mr. l’Ambassadeur fait élever chez luiavec grand foin de beaux Orangers , des Renon-cules, des Anémones & toutes les fleurs qui fontla beauté & l’agrémenc des saisons

Je ne sçaurois mieux finir cette lettre que parla Relation de ce qui se passa à l’audiance qu’eutMr. de Ferriol du Grand Vilìr, & à celle qu’onlui avoit préparée pour le Grand Seigneur : c’estune personne de qualité qui eut l’honneur de s’ytrouver qui m’a communiqué le mémoire sui-vant.

a Les vaisseaux du Roy le Bizarre & FAJseurimouillèrent- dans le port de Constantinople le ir.Decembre 1699. le même jour M 1 l’Ambassrdcurfut complimenté fur son heureuse arrivée, parles Secretaires des Ambassadeurs & par celui duPrince Tekeli. Le lendemain Son Excellence débar-qua & envoya son premier Drogman chez le GrandVisir, pour lui faire part de son arrivée. Quel-ques jours après, ce Ministre l’envoya compli-menter par Maurocordato lc pere Conseiller d’E-tat , & premier Interprète de la Porte ; l’audian-ce fut fixée au 2Ç. du mois de Decembre. Cejour-là M* de Château neuf Castagnieres ancienAmbassadeur & M r de Ferriol sortirent du Palaisde France à midi & demi. Mr de Châteauneuf àla droite & le nouvel Ambassadeur à la gauche,précedez de leurs maisons , & suivis de douzeGentilshommes qui avoient accompagné Mr. deFerriol à Constantinople; toute la nation suivitaussi : la marche se fit en ordre jusques à la ma-rine , où les deux Ambassadeurs , qui étoientseuls à cheval, mirent pied à terre, & trouvèrentfur le port soixante Officiers ou Gardes-marine,qui s’embarquérent avec le reste du cortège pourpasser à Constantinople fur des Calques quiavoient été préparez. Lorsque le Canot deMrs.les Ambassadeurs passa près des vaisseaux duRoi , ils furent saluez de 21. coups de canonpar chacun des deux vaisseaux, qui étoient pa-voisez, & dont tous les soldats étoient fous lesarmes.

Le Grand Visir avoit envoyé deux chevaux ri-chement harnachez pour M IS les Ambassadeurs,& soixante pour les Gentilshommes, Officiers,Gardes-marine, & pour la fuite de Mr deFerriol:

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Seigneur. ' .