DU LEVANT;
tier : ensuite il commande au garde-clefs de ]ccasser & d’ouvrir , après quoi 'il lui fait sçavoirquelle est la piece que le Grand Seigneur deman-de : il la reçoit & va la lui presenter. On tientauffi dans la même chambre les plus beaux har-nois, & les plus riches armes qu’il y ait au mon-de $ les diamans, les rubis, les émeraudes , lesturquoises, les perles brillent fur les fibres , furles épées, fur les poignards. Toutes ces pieceslie font ordinairement que circuler : car à me-sure que l’Empereur en donne quelques-unes àdes Pachas , il en reçoit d’autres quand ils meu-rent , ou quand ils font déposer.
La quatrième chambre est proprement le thré-íor public : elle est pleine de coffres forts, armezde bandes de fer, & fermant chacun à deux cade-nats , on y met toutes les efpeces d’or & d’ar-genr. La porte de cette chambre est scellée ducachet du Grand Seigneur , qui en garde uneclef, & l’autre reste entre les mains du Grand Vi-fir. Avant que de détacher le sceau on vérifieexactement s’il n’a point reçu d’alteration , & ce-la fe fait ordinairement les jours de Conseil: pourlors on enferme dans ces coffres les nouvelles re-cettes , ou l’on en tire les sommes destinées aupayement des troupes & à d’autres usages : leGrand Visir y fait appliquer ensuite de nouveaule cachet de l’Empereur. í
A l’égard de l’or il passe dans le thrésòr de l’é- !pargne du Grand Seigneur qui est une entre-sale jou souterrain voûté , dans lequel personne n’en-tre que ce Prince accompagné de quelques pages idu thresor ; l’or y est mis dans des sacs de cuir de !quinze mille sequins chacun , & tous ces sacsfont dans des coffres forts. Quand il fe trouve jassez d’or dans la quatrième chambre pour enremplir deux cens sacs, le Grand Viiìr en avertitSa Hautesse , laquelle se rend au thresor pour lesfaire transporter dans son épargne, & pour leschacheter elle même. II fait ordinairement ses lar-gesses ce jour-là , tant aux pages qui l’accompa-gnent dans le thresor secret, qu’aux Grands qui lesuivent jusques à la porte,. & qui restent dans laquatrième chambre avec le Grand Visir.
Si les guerres épuisent toutes ces sommes, ouque I’Etat soit dans une pressante nécessité , lesthresors des Mosquées qui font dans le châteaudes sept tours, font encore d’une grande ressour-ce pour l’Empereur.
Les Mosquées font riches , & fur tout cellesqu’on appelle Royales : après qu’on a payé lesOfficiers, le reste des deniers est mis dans le thre-sor dont le Grand Seigneur est le principal gar-dien. II est vrai qu’il ne peut s’cn servir que pourdéfendre la Religion ; mais l’occaíion ne s’ui pre-sente-t-elle pas toutes les fois qu’il est cn guerreay c c ses voisins, qui font ou Chrétiens ou Ma-
Lettre XII. 23
j hometans schismatiques ? Ainsi leMouftine sçau-1 roi t désaprouver l'u sage qui se fait de ces deniersen temps de guerre.
II u’esl point de Prince qui soit servi plus re-spectueusement que le Sultan. On inspire tant devénération pour lui aux personnes qu’on élevédans le Serrai! ; leur sort même exige tant de fi-délité & tant Rattachement pour sa personne,que non seulement il y est regardé comme lemaître du monde, mais encore comme l’arbitresouverain du bonheur & du malheur de chaqueparticulier : ce Palais n’est donc rempli que degens qui lui font entierement consacrez. On peutles diviser en cinq Classes , les Eunuques, lesIchoglans , les Azamoglans, les Dames & lesMuets, ausquels on peut joindre les Nains & lesBouffons, qui ne méritent pas de faire une classeparticulière.
Les Eunuques ont l’Intendance de tout le Pa-lais , & font les personnes de confiance: incapa-bles de plaire au beau sexe , & degagez des inté-rêts de l’amour,ilsse donnent tout entiers àl’am-bítion& au foin de leur fortune. On les distingueaisément par la couleur de leur visage, il y en ade blancs &de noirs; les blancs font attachez auservice du Prince, & prennent soin de l’éducationdes enfans du Serrai]; les noirs font plus malheu-reux , car ils rongent tout le jour leur frein dansles appartemens des Dames de ce Palais. Tousces Eunuques font réduits à se servir d’une canulepour faire de seau , étant privez dès leur plustendre enfance du conduit naturel. Les Sultans-ne laissaient pas d’en être jaloux , quand on épar-gnent autrefois cette partie * & ce n’est que pourguérir cette folle imagination , qu’on les taille ,comme on dit , à fleur de ventre. L’operation, .n’est pas fans danger,& elle coûte la vie à plu-sieurs ; mais les Orientaux & les Africains sacri-fient tout à leur jalousie : après cette espece dcmeurtre , à peine souffrent-ils que ces pauvresmalheureux jettent les yeux fur leurs femmes,.ils ne leur permettent même le plus souvent, qued’être en sentinelle derrière la porte de leurschambres.
Le Chef des Eunuques blancs, qui n’a pas étéépargné en ft jeunesse non plus que les autres,est le Grand Maître du Serrail : il a l’infpectiotvfur tous les pages ou enfans d’honntur du Pa-lais , on lui donne tous les placets qu’on a des-sein de presenter au Prince, il a le secret du ca-binet & commande à tous les Eunuques de lacouleur. Les principaux- de ces Eunuques font1. Le grand Chambellan qui est à la tête des-Gentilshommes de la chambre. 2. Le Sur-lnten-dant des chambres des pages «Sc des autres bâti-mens du Palais ; celui-ci ne fort jamais de Con-stantinople, & fait la charge des autres pendant
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