sçavoir íì c’étoïent dès sauterelles qui infectoientles terres de Phinée , & qui dévoraient ses mois-sons, comme Pont pensé Mr.Bochart, & l’Au-teur de la Bibliothèque Universelle ? fi les filsd’Aquilon doivent être pris pour les vents duNord qui chassèrent ces infectes ? si Phinée futdépouillé par ses maîtresses qui le réduisirent à3a derniere extrémité ? si les Argonautes , quetoute P antiquité traite de Héros , n’étoient quedes Marchands plus hardis que les autres, qui al-lèrent jusques dans la Colchide acheter des mou-tons pour en peupler la Grece? tout cela mepa-roît fort obscur. Mais j’admire Pînvention dubon homme Phinée qui , n’ayant point de bous-sole non plus que les Argonautes, leur conseilla,avant que de risquer le passage des Itles Cyanées,de laisser voler une colombe ; fi elle passe saine(-f sauve au - dessus de ces rochers ,. leur dit-il , fai-tes force de rames & de voiles , & comptez plusfur vos bras que fur les voeux que vous pourriezfaire aux Dieux : mais f la colombe revientfaitesvolte-face , U 5 revenez fur vos pas. Je ne vois riende mieux imaginé que cet expédient.
Revenons à la Cour de Phinée, ou plutôt àMauromolo. C’est un beau Monastère de Ca-loyers , qui ne payent pour tout tribut qu’unecharge de Cerises. On dit qu’un Sultan s’étantégaré à la chasse autour de cette maison, & necroyant pas être connu des Religieux , leur de-manda la cotation. Les Moines qui fçavoientbien qui il étoit, lui préfenterent du pain & unplat de Cerises; elles furent trouvées iì bonnes,q.ue le Sultan déchargea les Religieux de la ca-pitation,. & leur ordonna seulement de portertous les ans une charge de Cerises au Serrai!.
II n’y a point aujourd’hui d’endroit considéra-ble entre Mauromolo & le nouveau Châteaud’Europe, quoique les anciens n’aycnt pas man-qué fans doute de donner des noms fameux àtoute cette côte, quelque escarpée qu'elle soit:mais on ne sçauroit faire un pas dans le pays oùles Grecs ont habité ,. qu’on n’y découvre encorequelques noms de leur façon.
II ne fl plaine en ces lieux fi fieche tfi fit. stérile
Qui ne foi t en beaux mots par tout riche (fi fertile.
Quoi de plus consolant , parmi ceux qu’on ap-pelle gens d?érudition , que de savoir que le pre-mier recoin qui est à droite ,, en entrant dans ledétroit , s’apelloit autrefois Dios sacra , commeq-.ai d i roi t les sacrifices de Jupiter ? Que le portqui vient ensuite , étoit le Port des Lyciens dansles premiers temps , & qu’il fût celui des Myr-léens dans la fuite ? Les Lyciens étoient des peu-ples d’Asie qui' venoient négocier dans. le Pont,.& qui reîâchoieut,ordinairement dans ce Port.
AGE
Pour les Myrléens, Denys dc Byzance nous ap-prend que quelques séditieux de Myriée sc retirè-rent en cet endroit du Bosphore ; & Myriée étoitcette ville de Bithynie què Nicomede’ / Epiphanefit nommer Apamie du nom de fa mere Apama.Le Port des Lyciens est suivi de deux autres pé-rils ports qui ont autrefois pris leurs noms dequelque autel de Venus; car Aphofiati paroit unreste d 'Aphrodifium que Denys de Byzance marquedans- ce quartier-là ; & comme l’un de ces Ports-étoit fréquenté par les Marchands d’Ephcfe , ily a beaucoup d’apparence que c’est le Port desEphesiens dont le même Auteur a parlé. Maisla plus grande merveille de cet endroit , est unfilet d’eau dont le fable paroissoit doré dans letemps que l’on travailleur aux mines de cuivrequi font fur cette côte; cette eau coule tout au-près de la chapelle de Nòtre-Dame aux Châtaig-niers au pied d’une montagne, fi. élevée au delîusdes autres, que l’on découvre de là Constantino-ple ,1a mer Noire &la Propontîde. Lc feu qu’ony allumoit autrefois dans un Phare bâti fur fapointe, étoit d’un aussi grand secours aux Pilo-tes, que ceux des Isles Cyanées d’Europe ,& d’A-fie, mais on en a laissé périr la tour. On avoireû grande raison de mettre des fanaux fur la cô-te d’Europe , car les anciens Thraces étoientdes gens impitoyables. On lit dans Xenophonque ceux qui habitoient le long. de la côte de lamer, avoient marque leurs terres fort exactementpar de grandes bornes. Avant cette précautionils se coupoient la gorge tous les jours à l’occa-íìon des débris des navires qui y échouoient, &dont chacun vouloit s’emparer. Les anciens Thra-ces vivotent dans ces cavernes affreuses qui fontfur le détroit à gauche, en allant du Château d’Eu-rope vers la colomne de Pompée. Peut-êtreétoit-ce dans ces roches que les Myrléens avoientétabli leur domicile ? On y entend en passant des-échos si furieux , qu’ils imitent quelquefois lescoups de canon, fur tout du côté dc f Mauro-molo.
Pour ce qui est du nouveau Château d’Europe,il a été bâti par ordre de Mahomet IV. vis à viscelui d’Asie; on voit au delà de ce Château lesruines d’une ancienne Citadelle que les Empe-reurs Grecs , ou peut-être les Byzantins, avoientfait bâtir pour garder ce passage important où ilsfaifoieut payer les droits aux vaisseaux qui paf—soient. Au rapport de Polybe, il y avoit dans cetendroit-là un Temple dédié à Serapis vis-à-vis ce-lui de Jupiter, qui étoit fur les terres d’Asie. Lepremier de ces Temples a été nommé par Stra-bon le Tempi? des Byzantins , pour lc distinguerde celui de Jupiter, qu’il a nommé le ‘TempledesChalcedoniens. Denys de Byzance a donné le nom
Arailton au cap qui est à la fia du détroit avant que
d’cu-