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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVA

Nos principales conversations pendant le voyagerouloient fur les intérêts des Princes de l’Euro-pe , qu’il connoît parfaitement, & elles fe ter-minoient ordinairement par une petite relationde ce que nous avions observé de plus curieux.De crainte de scandaliser fa maison , il nousfaisoit demander en secret les desseins des plantesque nous observions fur la route ; je les remet-tois par ses ordres à un de ses freres CuperliBey , qui nous les rendoít après que le Pacha’les avoir conlìderez seul & à loisir. Cette politi-que est nécessaire parmi les Turcs, où l’on trou-ve mauvais que les bons Musulmans prennentconnaissance des sciences cultivées par les Chré-tiens , & qu'ils donnent des marques de l’estimequ’ils en, font. J’eus occasion de lui donner unmorceau de Phosphore , & de lui expliquer lamaniéré dont il faut s’en servir; mais il ne voulut pas que j’en fisse l’experîence en fa presence. ,Quelques jours après il convint que les Chrétiens \croient d’habiles gens, & que leur sagacité étoit iausst louable , que la fainéantise des Orientaux imeritoit d’être blâmée. Nous fûmes assez heu- ireux pour ne voir mourir personne de sa mai- json entre nos mains. Quoiqu’il eût auprès de 1lui Mr. de S. Lambert habile Médecin François, jil lui ordonna pourtant qu’on nous fît voir tous jles malades , ce queje n’acceptaí qu’à conditionque nous les verrions ensemble. Toute sa mai-son fut malade sur la route ; nous traitâmes leMaître le premier , fa femme , fa mere , fa fille,& ses autres Officiels : tout se passa à nô-tre honneur , & les malades s’en trouvèrent bien.

Nôtre équipage fut bientôt dressé , quoiquela route dût être fort longue, car dans les plusgrands voyages je croîs qu’îl ne faut absolumentse charger que des choses nécessaires. Nousachetâmes donc une tente , quatre grands sacsde cuir pour enfermer nôtre bagage , & des cof- •fres d’ozier couverts de peau, pour conservernos plantes , & les papiers qui servoient à lessecher. Les tentes du Levant font moins em-barrassantes que celles de ce pays ci. Elles n’ontqu’un arbre au milieu qui se démonte en deuxpieces quand on veut plier bagage, mais qui sou-tient , lorsque la tente est placée , un pavillonde grosse toile bien serrée sur laquelle seau cou-le aisément ; le pavillon est arrêté dans fa cir-conférence avec des cordons que l’on accroche àdes chevilles de fer fichées en terre ; aux deuxtiers de la hauteur de ce pavillon fout attachéesdes cordes que l’on bande fortement par le moyend’autres chevilles plus écartées de l’arbre que lespremieres ; ces cordes tirent le haut du pavil-lon eu dehors, & lui fout faire un angle saillanten maniéré de Mansarde. Nous placions nostrois strapontins de telle maniéré, que le chevet 1

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se trouvoît contre l’arbre, & les pieds à la cir-conférence du pavillon, laquelle Tailleurs étoitoccupée par nos- sacs & par nos coffres. Unquart d’heure suffit pour dresser un pareil appar-tement , & l’on y trouve toutes ícs commodi-tez.. A. l’égard de la batterie de cuisine, elleconsistoit en six aísietcs , deux grandes jattes,deux marmites , deux tasses , le tout de cuivreblanchi; deux bouteilles de cuir pour porter deseau , un fana! & quelques cuiîliets , v de bois àlong manche ; car on n’en trouve pas d’autresen Turquie, Où ordinairement les gens les plusaiscz ne font pas mieux en vaisselle que nous'fêtions.

Nos capots de Marseille nous furent d’un se-cours merveilleux ; ils étoient d’un gros drap deCapucin , doublez d’une étoffe d’égale résistancepour la fatigue. Un capot est un meuble in-comparable pour un voyageur , & sert en casde besoin de lit & de tente. Nous nous étionsfournis dans l’Archipel de linge pour la table,à pour nôtre usage , sur tout de calçons dctoile de coton, qui tiennent lieu de draps de litdans ces sortes de routes ; nous pouvons nousvanter d’en avoir fait venir la mode parmi lesArméniens de nos caravanes. Il fallut quitterf habit François à Constantinople , pour prendrele Dolyman & la veste ; mais comme cet habitnous parut fort embarrassant pour travailler ànos recherches, nous fimes faire aussi un habitaf Arménienne pour aller à cheval, & des botinesde marroquin pour courir dans la campagne ; -l’habit à la Turque étoit destiné pour les visitesde cérémonie & de bienséance , & l’autre étoitpour la fatigue.

Nos amis de Constantinople nous indiquèrentun homme admirable qui savoir toute forte demétiers, & qui nous servoit d’Intendant, de va-let de chambre, de cuisinier, d’interprête , & demaître II je l’osc dire; car le plus souvent il, enfalloir passer par tout ce qu’il vouloit. Cet ha-bile homme étoit un Grec , fort comme unTurc, & qui avoit couru par tout le pays ; ilfaisoit la cuisine à la Turque & à la Françoise,Outre le Grec vulgaire, il parloir Turc, Arabe,Italien, Ruíïìote & Provençal qui est ma languenaturelle. Nous nous trouvâmes fi bien de Ja~nacbì , c’étoit ainsi qu’il s’appelloit, que nous •n’en primes pas d'autre jusques en Arménie ;Pourquoi dépenser l’argent du Roi mal à pro-pos ? D’ailleurs il faut faire le moins de fracas -qu’il est possible dans les pays ■ étrangers lorsqu’on n’y est envoyé que pour faire des obser-vations. Janachi avoit encore une excellentequalité pour un voyageur ; il étoit poltron enhomme de bon sens , car qui est-ce qui s’avifede courir le inonde pour se battre , à moins •

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