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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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VOYAGE

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La Marine a.la racine plus grosse que le pou-ce , longue d’un pied , partagée en grosses fibresTartines, gersées , peu chevelues. Sa tige qui ajusques à deux pieds & demi de haut, est ferme,droite, lisse, purpurine à fa naissance , épaissede deux ou trois lignes , rougeâtre aussi , maisvelue vers le haut , accompagnée ordinairementà chaque nœud de trois feuilles assez semblablesà celles de la Carline , vert-gai, luisantes, lon-gues de 4. ou 5. pouces fur environ un-pouce delarge, découpées, ondées & garnies de piquantsjaunâtres , fermes , durs , longs de 4. ou 5. li-gnes. Ces feuilles diminuent un peu vers le haut& font un peu velues cn. dessous. De leurs aiffel- ìles naissent des fleurs par étage & à double rang ,longues d’un pouce & demi. Chaque fleur est untuyau courbe fort menu vers le bas où il estblanc & légèrement velu ; mais il s’évafe enhaut & sc divise en deux lèvres. La supérieureest relevée & longue d’environ 5. pouces fur 4.lignes dc large, arrondie & profondément écha.n-crée. L’inferieure est un peu plus longue & dé-coupée en trois parties arrondies aulîì. L’ouver-ture du tuyau qui est entre ces deux lèvres esttoute découverte. Deux étamines courbes quidébordent de près de trois lignes,, blanchâtres Achargées de sommets jaunâtres, sont .collées con-tre la lèvre fuperieure, .Le filet du pistile qui esttant soit peu plus long, finit par un bouton verdâ-tre. Le calice est un tuyau long de trois lignes,fendu profondément en deux languettes arron-dies, légèrement .canelées. C’est du fond de cedernier tuyau que fort la fleur. O11 en trouvesouvent de deux sortes fur 1emême pied, les unesfont toutes blanches , les autres sont couleur derose titant fur le purpurin, avec les bords-blan- ,Châtres. Toutes ces fleurs ont l’odeur de celles |âu Chèvrefeuille i & portent fur un embryon degraine. Les feuilles cette Plante ont d’abord ungoût d’herbe assez fade , mais on y trouve ensui-te de l’acrimonie.

Nous allâmes chez le Begliefbey lui baiser laveste, & demander la continuation de fa protec-tion. II eut la bonté de nous faire remercier desfoins que nous avions pris de fa santé , & detoute sa maison. Il nous prévint fur les Lettresde recommandation que nous souhaitions pourle Pacha de Cars ; & nous fit encore expédierune patente fort avantageuse où il sc louoit denôtre capacité cn fait de Medecine , & dans la-quelle il rendoit.de bons témoignages de nôtreconduite.

* Nous partîmes d’Erzeron le 6 . Juillet pourTefiis, & nous nous rendîmes à Eízelmìc villageau Nord-Est à trois heures de la ville. Nôtre Ca-ravane composée de Marchands , dont les uns

* Voiage de Géorgie.

alioient à Cars & à Teflís , les autres à Erîvan ,quelques-uns à Gangel , n’écoit qu’environ dedeux cens nommes armez de lances & de sabres,;quelques-uns avoient des fusils à des pistolets.

La campagne d’Erzeron jusques à moitié chemind’Elzelmicest fort scche; scs collines font pelées.

On entre ensuite dans une plaine fermée à droit& à gauche par des éminences où il y avoit encoreassez de neiges. Il en tomba beaucoup aux en-virons d’Erzeron la nuit du sceond au troisièmeJuillet.

Le 7. Juillet nous partîmes à trois heures &demi après minuit , & nous campâmes fur lesdix heures auprès d’un village appellé ssW ij 0 ùau ìaprès en avoir laissé un autre en arriére , dontj’ai oublié le nom. On ne voit aucun arbre danstout ce quartier lequel d’ailleurs est plat , biencultivé , & arrosé avec autant de soin que lacampagne d’Erzeron. Sans cette précaution lamoitié des bleds feroient rôtis : néanmoins celaparoît assez étrange, car de ces mêmes champsqu’on est obligé cParrofer, 011 découvre la neigefur les collines voisines. Au contraire dans lesIles de l’Archipel , où il fait des chaleurs à cal- 'ciner la terre & où il ne pleut que pendant l’Hi-'ver , les bleds font les plus beaux du monde.Gela montre bien que toutes les terres n’ont pasle même suc nourricier. Celles de l’Archipel sontcomme les Chameaux , elles boivent pour long-temps. Peut-être que Peau est plus nécessaire àcelles d’Arménie , pour dissoudre le sel fossiledont elles sont imprégnées , lequel détruiroit latiffûre des racines fi,les petits grumeaux n’étoientbien fondus par un liquide proportionné ; aulîì ylaboure-t-on profondément. Quoique ces terresne soient pas fortes on attelé trois ou quatre pai-res de bœufs on de bu fl es à une charrue , & c’estfans doute afin de bien mêler la terre avec le sclfossile qui reíteroîr en trop grande quantité furla surface & brûleroit les plantes. Au contrairedans la Camargue d'Arles , qui est cette Ile sifertile que le Rhône enferme audessous de laville , on ne fait qu’étìeurer la terre en labourantpour ne pas la mêler avec le sel marin qui estaudessous. Avec certe précaution la Camargueoù il n’y a qu’un demi pied de bonne terre , estle pays le plus fertile de la Provence, & les Es-pagnols lc nommèrent Comarca par excellence,dans le temps que les Comtes de Barcelone eaétoient.les maîtres. Comarca signifie chez eux unchamp’quì produit abondamment. Ainsi le motde Camargue ne vient pas du Camp de Marins ,comme l’on prétend , car ce Général Romainn’y a jamais campé. Le grand fossé qu'il fit fairepour fortifier son camp & pour y faire voiturerles munitions qu’il tiroir dc la Mediterranée , se

trou-