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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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DU LEVA

éPErzeron, il nous faisoit grâce de deux écus quelui doivent toutes les bêtes de somme qui passentpar là,: & comme on lui fit faire réflexion quenous n’étîons pas Marchands , mais Médecins, ilmit fur son marché que nous guéririons avantpartir , uij Aga de ses amis quî avoit une fistuleau fondement. Comme il parloit fi gravement &que nous ne voulions plus tomber dans ses filets,après savoir fait remercier de ses honnêteté?, jelui fis dire que nous prendrions foin de son ami ,& que nous lui donnerions tous les secours possi-bles pendant que nous serions à Cars ; mais qu’u-ne filtule au fondement ne pouvoit êtreguerie quepar l’operation que malheureusement nous n’a-vionspas les instruments nécessaires pour la faire.

Nous nous retirâmes à nôtre Camp beaucoupplus satisfaits que lejour précédent. Pendant quenous étions à table, un des valets del’Agad’Er-zeron vint nous répreseuter que son maître nousavoit rendu un service fort considérable; qu’il n’é-Xigeoit aucune reconnoissancede nous, mais quenous sçavions trop bien le monde pour ne pas luifaire quelque présent. Nous en fûmes quittes pourtrente fols pour le valet, & pour deux oques decassé que nous envoyâmes à son maître, trop heu-reux d’en sortir à si bon marché. De peur qu’onne vint encore nous faire quelque nouveau com-pliment, nous prîmes le parti de nous tenir à lacampagne à chercher des Plantes jusques au dé-part de la Caravane; ainsi les Dures pillent tou-jours & principalement fur leurs frontières ; maisil faut dire à leur louange qu’ordinairement ils secontentent de ce qu’on leur donne.

On peut douter avec raison , si Cars n’est pasl’ancienne ville que Ptolomée marque parmi cel-les qui font dans les montagnes de la petite Ar-ménie. La ressemblance des noms est assez favora-ble , & il ne faut pas s’embarrasser si cet Auteur laplace dans la petite Arménie. Outre que ce pour-roit être une faute d’inadvertance , les divisions dePArmenie ont changé si souvent, qu’il y a beau-coup de confusion parmi les Auteurs qui parlentde ce pays. On pourroit aussi soupçonner que Carssoit la Place que Ptolomée appelle Cborsah. qu’ilplace dans la grande Arménie, si ce Géographene la marquoit le long de l’Eupbrate. Tout celapourroit avoit trompé Sanson ; mais il est certainque Cars est bien loin de cette riviere, & je par-donnerais plutôt à ceux qui ont proposé commeun doute, si Cars ne seroit pas la ville d c Nico-polis que Pompée fit bâtir dans le lieu où il avoitbattu Mithridate , puisque cette ville se trouvoitentre l’Euphrate& l’Araxe. Cedren & Curopalatenomment Cars, Csrjè, Leunclaw Carfeum. Cedernier assure qu'en 1579. Mustapha Pacha com-mandant l’armée de Sultan Mourat contre les Per-ses & les Géorgiens, fortifia Cars &lapourvcutdes

H T. Lettre XV11 T. iLf

munitions nécessaires. On en pourroit faireune des plus fortes Places du Levant.

Le 12. & le 13. Juillet la Caravane y séjournapour payer les droits de la Douanne. Nous en par-tîmes le lendemain à une heure après minuit,parce que nos plus gros Marchands qui n’avoientdéclaré qu’une partie de l'argent qu’ils faisoientvoiturer en Perse, voulurent éviter , par leur di-ligence, les nouvelles recherches que les Officiers■en auraient pû faire. Ils montèrent donc à chevaldès qu’ils furent expédiez , & nous traversâmesune grande plaine pendant toute la nuit, quelqueobscure qu’elle fût. On campa sur les neuf heu-res du matin auprès de Barguet gros village, dontle Château à moitié démoli parait avoir été bienbâti dans son temps. On ne découvrit presque quedes Plantes ordinaires , & surtout beaucoup deGallium jaune, & du Gramem fparteum , penna-tum C B. On descendit sur le midi dans une assezbelle vallée à demi lieue de Barguet. Parmi quel-ques Plantes rares nous y observâmes une eípecede Betoine assez singulière , dont la graine a levé& multiplié dans le Jardin du Roi. Elle se distin-gue principalement par la longueur des feuilleslongues de demi pied fur un pouce de largeur ,que la culture n’a point changées. II y a long-temps que cette Plante est connue en France,puisque Mr. le Premier Médecin en a trouvé lafigure parmi les Planches que Mr. de la Brojfeson grand oncle & Intendant du Jardin du Roi,,avoit fait graver. C’est dommage que ces Plan-ches 11’ayent pas paru dans leur temps; elles íbntaussi grandes que celles du Jardin d 'Aìfted &beaucoup mieux gravées. Mr. le Premier Méde-cin qui les a recouvrées depuis peu, nous fait es-perer de les donner au public.

Je ne sçai par quelle destinée lâ plûpart desgrands ouvrages de Botanique qui ont été faitsen France dans le siécle passé & qui auraient faitbeaucoup, d’honneur au Royaume, n’ont pointencore paru. ÌsPlt. Rtcker de Belhval Chancelierde PUniversité dc Montpellier avoit décrit & faitgraver une infinité de Plantes rares qui naissent •dans les Alpes & dans les Pyrénées, & que l’ondonne tous les jours comme des Plantes incon-nues. II paraît par les Planches qui font entreles mains de ses héritiers , que les Bauhins n’a-voient rien découvert de si beau dans ce temps-là. L’ouvrage du P. Barrillier est enseveli dans •le fond de la Bibliothèque des Dominicains de larue S. Honoré Cet homme infatigable après avoirparcouru toute PEspagne & toute l’italie, & dé-pensé beaucoup à faite graver ce qu’il avoit dé-couvert de plus rare , mourut à paris fans avoirrien mis au jour. U n’y a pas d’apparence quece beau Recueil soit jamais publié. II en fera de mê-me. Monseigneur,dc celui du P. Vlumicr. Minime, ,

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