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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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VOYAGE

dc nous , nou* firent demander pourquoi nousn’avions pas des habits à la franque, & des cha-peaux. Nous leur répondîmes que nous venionsde Turquie où l’on est fort mal reçu avec un pa-reil équipage. Cela les fit rire. On nous présen-ta d’aísez bon vin, & nous continuâmes nôtreroute encore pendant une heure audelà du villa-ge , pour aller camper jusques au haut d’unemontagne couverte de Chênes , d 'Ormeaux*, deFrênes , de Sorbiers , ôt de Charmes à grandes &à petites feuilles.

Nous nous flattions de passer la nuit dans un•gîte aussi agréable , mais nos voituriers nous enfirent partir à onze heures du soir , êt nous firenttraverser, pendant une nuit très-sombre , desmontagnes affreuses. Dans la saison des neigespeu de gens risquent cette route. Pour moi jem’abandounai entierement à la conduite de moncheval , & je m’en trouvai beaucoup mieux quesi j’avois voulu le conduire. Un automate quifuit naturellement lesjloixde la Mécanique , íetire bien mieux d’affaire, dans ces occasions, quele plus habile Mécanicien qui voudroit mettre enusage les réglés qu’il a apprises dans son cabinet,fut-il de l’Academie Royale des Sciences.. Enfinnous nous trouvâmes fur les cinq heures d u ma-tin, le 30. Juillet , dans une plaine auprès deCarakesis , chétif village fur un petit ruisseau. Lànous fumes les maîtres à nôtre tour , comme.laraison le demandoit , 6c. nous obligeâmes nosvoituriers à s’arrêter pour avoir le plaisir de dor-mir : mais bon Dieu que ce plaisir fut court ! le.démon de la Botanique qui nous agitoit nousévessla bien-tòt; nous nous repentîmes pourtantd’étre restez , car nous ne fîmes pas grand, butindans cette plaine. Le fleuve Zengui qui vient dulac d’Erivau & qui va palier par cette ville , yferpmte; mais il n’est pas considérable.

Nous partîmes le 31. Juillet à cinq heures dumatin, pour traverser des montagnes assez agréa-bles , quoique fans arbres : : auffi : commençâmes-nous à sentir la fumée des bonzes de vaches enapprochant de Bisni , & cette odeur nous in- jcommoda fort dans un Couvent de Moines Ar- jmeniens où nous dînâmes. Leur cour est toute jpleine de cette belle especede Cresson queZano- jni a pris, fans raison , pour la premiere espece |de Fhlaspi de Dioscoride. Ces bons Religieux !nous reçurent fort honnêtement, mais nous ne !trouvâmes pas chez eux les mêmes agrémens que Jchez .es Moines Grecs. Les Arméniens sont plusgraves, & d’ailleurs nous n’avions pas le mot àdire chez eux , au lieu que nous barragouïtrionsquelque peu le Grec vulgaire chez les Caloyers,dont la.vivacité est tout-à-fait réjouissante. LeCouvent de Bisni est le mieux bâti que nous ayonsvû ,dau* tous. ces quartiers., il est solide , & de

bonnes pierres de taille. Les ruines qui sont aux.environs, marquent qu’il y avoit autrefois uneville considérable , & quoique, le village soit pe-tit, nous saurions pris pour Artaxate , n’étoitqu’il est fur lc fleuve Zengui. Pour le Monastèreon le croît de sept ou huit cens ans de fondation..Notis en partîmes à midi , & passâmes- fur uneautre montagne pour nous retirer encore dansun Monastère Arméniens à Tagovat village plus .petit que B il ni, à l’entrée de !a grande plaine desTrois Eglises, où. nous prétendions trouver leParadis Terrestre.

On partit à trois heures le lendemain au ma-tin, dans l’împatience de voir [ce fameux bourgque les Arméniens visitent avec plus de dévotionque les Romipetes ne viíîtoient Rome dans letemps de Rabelais. Les Trois Eglises nesontqu’àsix heures de chemin d’Yagovat. Les Arméniensappellent ce bourg Itchmiadzin , c’est à dire ladefiente dit, Fils unique- , à ce qu’on nous dit,parce qu’ilscroyent que le Seigneur apparut à SaintGrégoire en ce lieu-là. Nous n’en doutâmes pas;car nous-n’entendions pas un seul mot d’Arme-nien vulgaire ni littéral. Quoique nous ne fus-sions pas fort avancez dans la connoissance de lalangue Turque , comme pourtant nous sçavionscompter jusques à dix , nous comprîmes facile-ment que - stick que signifie trois joint à klìffe',mot corrompu ; d ’Eccle/ïa, devoir lignifier Trois^K l *s es > & c’est le nom que les Turcs y ont don-né ;.ina!s ils dévoient plûtôt avoir £ appellé cebourg les Quatre Eglises, puifqu’il y en a quatrequi paroissent bâties depuis long-temps. Les Ca-ravanes y séjournent pour Taire leurs dévotions,c’èst à dire pour s’y confesser , communier, &pour recevoir la bénédiction du Patriarche. CeCouvent, est composé de quatre corps de logisbâtis en maniéré de cloîtres, disposez sur unquarté fort long, comme il est ici gravé. Les cel-lules des Religieux & les chambres que l’on don-ne aux étrangers, sont toutes de même figure,terminées par un petit dôme en forme de calotte,dans la longueur de ces quatre cloîtres. Ainsicette maison doit être régardée comme un grandCaravanserai où les Moines ont leur logement.,L’appartement du Patriarche, qui est à droiteen entrant dans.la cour , est un corps de logisplus élevé & de plus belle apparence que les au-tres. Les Jardins en font agréables , bien entre-tenus ; & généralement parlant les Persans sontbien plus habiles Jardiniers que les Turcs. EnPerse on plante les arbres en. allignement ; onordonne assez-bien les Parterres ; les comparti-mens sont d’un bon goût, & les plantes y sontdisposées & espacées avec propreté ; au lieu quetout est en confusion chez les Turcs. L’enceintedes Jardins du Patriarche , ,de même que la plû-

parî.