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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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VOYAGE

auroient peut-être fourni quelques observationsutiles pour l'Anatomie, jï nous eussions eû un fu-sil'pour les tuer. On y volt deselpeces de Héronqui 11’ont pas le corps plus gros qu’un pigeon , &qui ont les jambes d’un pied ct demi de haut. LesAigrettes n’y font pas rares , mais rien n’appro-che de la beauté d’uti Oiseau merveilleux dont jegarde la dépouille dans mon Cabinet, & dont j’aivû la figure dans les livres des Oiseaux que l'onpeint pour le Roi. II elì gros comme un Cor-beau , ses ailes font noires , les plumes du dosviolettes vers le croupion, celles qui s’étendentdepuis cette partie jusques au col, font très poin-tues à leur extrémité, & d’un vert admirable do-ré & luisant ; celles du col jusques vers le milieufont d’un couleur-de-feu éclatant ; les autres quicouvrent le relie du col & toute la tête , fontd’un vert éblouïísant. Enfin la tête eít relevée d’u-ne houppe du même vert, haute d’cnviron quatrepouces , dont les plus longues plumes font com-me des palettes à long manche. Le bec de cet oi-seau elì brun , semblable à celui d’un corbeau.O11 pourroit avec plus de raison lui donner le nomde Roi des Corbeaux , qu’à celui qu’011 a apportédu Mexique à Versailles, puisque l’Oiseau d’A-nterique, quelqu’admirable qu’íl soit, n’a rien decommun avec nos Corbeaux ordinaires.

Je ne sçaurois me consoler d'avoir passé parCorvirap sans avoir été à Ardachat. Ce 11’elt qu’àParis que j’ai appris par la lecture du Voyage deMr. Chardin , qu’Ardachat, suivant la traditiondes Arméniens , étoit le relie de l’ancienue villed 'Artaxate. Les gent dit pays, dit ce Auteur, ap-pellent cette ville Ardachat, du nom d'Artaxcrxes,que les Orientaux nomment Ardechier. Ils assu-rent qu'on voìt parmi ses ruines , celles dit . P niaisde Tiridate , qui fut bâti il y a 1300. ans. Us di-sent de plus 1 qu'il y a une face du Palais qui n'eflqu’à demi ruinée ; qu il y refle quatre rangs de Cu-isîmes de marbre noir ; que ces Culomnes entourentune grande piece de marbre ouvragé , {fi qu ellesfont fi grosses que trois hommes ne les peuvent pasembrasser.- Cet amas de ruines s'appelle Fact-tar-dat, c'est-à-dire, le Thrône de Tiridate.

Taverníer marque aussi les ruines d’Artaxateentre Erivan ct le Mont Ararat ; mais il n'en ditrien davantage. La situation d’Artaxate eít fi biendécrite dans Strabon , qu’on 11e sçauroit s’y trom-per en examinant 1c cours de l’Araxe. Artaxate ,dit ce Prince des Géographes anciens, fut bâtiefitr le dessein qu'Anntbal en donna au Roi Artaxesqui en fit la Capitale de l’Arménie. La ville estsituée 1 continuc-t-il , dans un contour que la ri-vière f Araxe fait en forme de péninsule , fi bien quePenceinte de cette riviere lui tient lieu de muraille,hormis dans l'endroit ait efl /’Ifihme ; mais cet Isth-me efi fermé par un rempart [fi par un Ion fossé-

La campagne des environs s’appelle îe Champ Ar-taxene.

Cette description de Strabon augmente monchagrin , car nous aurions vérifié si Ardachat estdans une péninsule , où nous saurions peut - êtretrouvé plus haut ou plus bas ; mais nos guides-nous voyoïent li attachez à la recherche des plan-tes, qu’ils ne croyoient pas que nous pensassions àautre chose. Qui est - ce qui se pourroit imagineraussi qu’Annibal fût venu des côtes d’Afriquejusques à l’Araxe pour servir d’Ingenieur à unRoi d’Armenie ? Plutarque le certifie pourtant ;& dit que ce fameux Affriquain , après la défaited’Antiochus par Scipion l’Asiatique , s’enfuit enArménie, où il donna mille bons avis à Artaxes,entre autres celui de bâtir Artaxate dans la situa-tion la plus avantageuse de son Royaume. Lucul-lus feignit de vouloir assiéger cette Place , afind’attirer au combat Tigrane son successeur ; maisle Roi d’Armenie vint sc camper sur le fleuveArjamias pour en disputer le passage aux Ro-mains : suivant cette remarque , Arsamias nesçauroit être que la riviere d 'Erivan. Les Armé-niens furent battus à ce passage & dans une secon-de rencontre après le passage. Nôtre Historien as-sure que Lucullus jugea à propos de monter versPlberie; ainsi Artaxate ne fut pas prise. Pompéequi eut le commandement de l’armée, après lui,pressa si fort Tigrane qu’il l’obligea de lui remet-tre sa Capitale lans coup férir. Corbulon Generaldes Romains, fous l’EmpereurNéron, contraignitle Roi Tiridate de lui ceder Artaxate ; mais bienloin de l’épargner, comme avoir fait Pompée, illa fit entierement détruire. Cepeudant Tiridatevint à Rome & fit fa paix avec l’Empercur , quinon seulement lui remit le Diadème sur la tête;mais lui permit encore d’emmener de Rome desouvriers pour rétablir Artaxate, que le Roi d’Ar-menie , par reconnoissauce , appel la Nerania dunom de son bienfaicteur. II est surprenant qu'au-cun des Auteurs qui parlent de cette Place , nenous ait dit le nom que portoit alors le MontArarat 1 fur lequel nous allons monter.

Le 10. d’Août nous partîmes de Corvirap , &marchâmes jusques à 7. heures pour trouver legué de P Aras qui ne passe qu’à une lieue du Mo-nastère. Quelque rapide que soit cette riviere, legué en est íi large ct si étendu qu'uu de nos gui-des risqua de le passer fur un âne ; à la vérité ileut assez de peine à s’en tirer. On arriva fur lesonze heures au pied de la montagne, & nous dî-nâmes, suivant la coutume du pays, dans i’E-glise. d’un Couvent au village d 'Acourlou ; ceCouvent, qui est ruiné, s’appelloit autrefois Ara-xil-vane , c’est à-dîre , le Monastère des Apôtres.Toute la plaine au delà de i’Aras est remplie debelles Plantes. Nous y en observâmes- une d’un

genre