DU L E V v
genre bien singulier, à laquelle je donnai le nomde Polyamides , parce qu’elle a beaucoup dc rap-port à VEphedra , qu’on a nommée autrefois Po-ívgonum Maritimum,
C’est un arbuste de trois ou quatre pieds delong, fort touffu & fort étendu fur les côte? ,sontronc est tortu, dur , cassant , épais comme lebras , couvert d’une écorce rouílâtre, divisé enbranches tortues aussi , subdivisées en rameauxd’où naissent, au lieu de feuilles, des brins cilin-driques épais de demi ligne vcrt-de-mer , longsd’un pouce ou 15, lignes, composé?, de plusieurspieccs articulées bout à bout, li semblables auxfeuilles de VEpbedra , qu’il n’est pas possible deles distinguer fans voir les fleurs. Des articulationsde ces brins il en fort d’autres qui font articule?de même, & ces derniers poussent dans leur lon-gueur quelques fleurs de trois lignes de diamètre.Ce font des bassins découpe? en cinq parties jus-ques vers le centre , vert-pâle dans le milieu, &blancs dans le reste. Du fond de chaque bassinfort un pistile long d’une ligne & demi , angu-leux, relevé de petites arêtes & entouré d'éta-mines blanches dont les sommets font purpurins.Chaque fleur est soutenue par un pédicule très-délié & fort court. Le pistile devient un fruit longd’environ demi pouce , épais de quatre lignes ,de figure conique, canelé profondément dans fal-ongueur. Les canelûres font quelquefois droi-tes, quelquefois spirales. Leurs arêtes font ter-minées par des ailes découpées en franges, très-menuës. Quand on coupe le fruit en travers onen découvre la partie moelleuse, laquelle est blan-che & angulaire. Les fleurs ont l’odeur de celles dur tille%l, ne se flétrissent que tard, & restent 2 labasé du fruit comme une espece de rosette. Lesfeuilles ont un.goût d’herbe mais slíptiqne.
Nous commençâmes à monter ce j ou r-là leMont Ararat fur les deux heures après midi ; maisce ne fut pas fans peine. Il faut grimper dansdes sables mouvans où l’on ne voir que quelquespieds de Genièvre & d’ Epine de bouc. Cette Mon-tagne qui reste entre leSuci & le Sud-Sud-Eít desTrois Eglises, est un des plus tristes & des plus désa-gréables aspects qu’il y ait fur la terre. On n’y trou-ve ni arbres ni arbrisseaux , encore moinsdes Cou-vents des Religieux Arméniens ou Francs. Mr.Struys nous auroit fait plaisir de nous apprendreoù logent les Anachorettes dont il parle, car lesgens du pays ne se souviennent pas d’avoir ouïdi-re qu’il y ait jamais eû dans cette Montagne, niMoines Arméniens, ni Carmes,- tous les Mona-stères font dans la Plaine. Je rie croi pas que laplace fût tenable autre part, puisque tout le ter-re! n de l’Ararat est mouvant ou couvert de neige,íl semblé même que Cette Montagne íè consom-me tous les jours.
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Du haut du grand abîme , qui est une ravineépouventable, s’il yen eut jamais , & qui répondau village d’où nous étions partis , se détachentà tous mometis des rochers qui font un bruit ef-froyable & ces rochers font de pierres noirâtres& fort dures. Il n’y a d'animaux vivans , qu’aubas de la Montagne & vers le milieu ; ceux quioccupent la premiere région, font de pauvres ber-gers & des troupeaux galeux , parmi lesquels onvoir quelques perdrix ; ceux de la seconde regiousont des Tigres & des Corneilles. Tout le restede la Montagne , ou pour mieux dire la moitiéde la Montagne , est couverte de neige depuis queP Arche s'y arrêta, & ces neiges font cachées lgmoitié de Pannée fous des nuages íort épais. Le»Tigres que nous appcrceûmes. ne laisscrent pasde nous faire peur, quoiqu’ils fussent à plus de 200.p .s de nous, & qu’on nous assûiât qu’ils ne ve-noient pas ordinairement insulter les passans, ilscherchaient à boire , & n’avoient fans doute pasfaim cc jour-là. Nous nous prosternâmes pourtantdans le fable & les laissâmes passer fort respectueu-sement. On en tué quelquefois à coups dc fusil,mais la principale chasse se fait avec des traque-nards ou pièges, par le moyen defquels on prendles jeunes Tigres que l’on apprivoise , & que l’onmene promener ensuite dans les principales villesde Peise-
Ce qu’il y a de plus incommode dans cetteMontagne, c'est que toutes les neiges fondues nese dégorgent dans P abîme que par une infinité desources où l’on ne lauroit atteindre , & qui fontaussi sales que l’eau des torrens dans les plusgrands orages. Toutes ces sources forment le ruis-seau qui vient passer à Acourlou , & qui ne s’é-claircit jamais. On y boit de la boue pendant tou-te Tannée, mais nous trouvions cette bouc plusdélicieuse que le meilleur vin ,este est perpétuelle-ment à la glace, & n’a point dégoût limoneux.Malgré Tétonnement où cette effroyable solitudenous avoir jette? , nous ne laissions pas de cher-cher ces Monastères prétendus , & de demanders’il n’y avoir pas des Religieux reclus dans quel-ques cavernes ? L’idée.qu’on a dans le pays queT Arche s’y arrêta, & la vénération que tous lesArméniens ont pour cette Montagne , ont fait'présumer à bien des gens qu’elle devoir être rem-plie de Solitaires, & Struys n’est pas le seul quiTait publié; cependant on nous assura qu’il n’yavoir qu’uu petit Couvent abandonné , au piedde Tabîme, où Ton envoyoit d’Acourlou tons lesans un Moine pour recueillir quelques fies deBlé que produisent les terres des environs. Nousfûmes oblige? d’y aller le lendemain pour boire,i car nous consommâmes bien-tôt Te.m dont nosGuides avoient fait provision , fur les bons avisdes Bergers. Ces Ber2ers y font plus dévots