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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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leurs livres de toutes les erreurs qui séparent lesschisniatiques d’avec nous. Ce Patriarche recon-nut le Pape pour Chef de la véritable Eglise , &porta le Saint Sacrement dans les rués à la Pro-cession générale que l’on fit pour en remercierDieu plus solemnellement.

Le Patriarche d’Itchmiadzin est le plus richede tous dans un sens; car on assure qu’il aprèsde iix cens mille écus de revenu. Tous les Ar-méniens qui le reconnoissent & qui passent l’âgede 15. ans, lui payent cinq fols par an. Lesaise7. lui donnent jusques à trois ou quatre écus.Cependant il est pauvre dans un autre sens , &véritablement pauvre , puisqu’i! est obligé depayer la Capitation pour retenir dans son trou-peau ceux qui ne sont pas en état de satisfaireà ce tribut. Souvent il y consomme ses revenus& y ajoute de ses épargnes. Les Archevêques& Evêques lui envoyeur tous les ans l’e'tat despauvres familles de leurs diocèses , lesquelles 011menace de faire vendre ou de leur faire changerde Religion faute de payement de la Capitation.Ce Patriarche est vêtu auffi simplement que lesautres Prêtres ; il vit très-frugalement & n’a qu’unpetit nombre de domestiques , mais c’est unPrélat des plus considérables du monde par l’au-thorité qu’il a fur fa nation , laquelle tremblefous lui à la moindre menace d’èxcommunication.On asseure qu’il y a quatre-vingt mille villagesqui le reconnoissent. Pour se maintenir en pla-ce , combien ne donne-t-il pas au Gouverneurd’Erivan & aux puissances de la Cour ? Il faut êtrebien esclave de l’ambition pour acheter de sem-blables postes.

C’étoit autrefois le seul Patriarche parmi lesArméniens qui eût le pouvoir de faire le S. Chrê-me ou Mieren , du Grec Myron , compositionliquide ou huile parfumée. 11 en fournissoit tousles Etats de Perse & de Turquie ; les Grecs mê-mes l’achetoient avec vénération , & l’on disoitcommunément que des Trois Eglises il sortoitune fontaine d’huile sacrée, laquelle arrosoirtout l’Orient. Lc Patriarche l’enVoyoit aux Ar-chevêques & aux Evêques Arméniens , pour lcrépandre & pour J’employcr dans lc Baptême &dans l’Extrême-Onction: mais depuis plus de 40.ans Jacob Fertabict & Evêque Arménien quifaisoit sa résidence à Jérusalem , s’avisa de s’éri-ger en Patriarche fous lc bon plaisir du GrandVisir, & refusa de prendre le Mienn du Patriar-che des Trois Eglises. Comme l’huile est à bonmarché dans la Palestine , & que cette liqueur11e se corromps pas , il eu fit plus qu’il n’cn fal-loir pour oindre , pendant plusieurs années ,tous les Arméniens qui font en Turquie. Voilàle sujet d’un grand Schisme parmi eux. LesPatriarches s’excommuniérent réciproquement ;

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celui des Trois Eglises forma un grand procèsà la Porte contre celui de Jérusalem. Les Turcsqui lbnt trop habiles pour vouloir décider laquestion , se contentent de recevoir les preíènsque leur font les parties à mesure qu’elles re-viennent à la charge : en attendant chacun débiteson huile comme il peut.

Ils la préparent depuis les Vesprcs du Diman-che des Rameaux , jusques à la Messe du JeudiSaint, laquelle ce jour-là se célébré sar le grandvaisseau où l’on conserve cette liqueur. On 11’em-ploye ni bois ni charbon ordinaire pour fairebouillir la chaudière où on la prépare, & cettechaudière est plus grande que la marmite des Inva-lides. On la fait bouillir avec des bois bénits, &même avec touc ce qui a servi aux Eglises, vieil-les images, ornemens usez , livres déchirez &trop gras; tout est réservé pour cette cérémonie.Ce feu ne doit pas sentir trop bon ; mais l’huileest parfumée par des herbes & par des droguesodoriférantes que l’on y mêle. Ce ne font pas depetits Clercs qui travaillent à cette merveilleusecomposition ; c’esl le Patriarche lui-même , vêtupontificalement & assisté au moins de trois Pré-lats en habits Pontificaux , qui récitent tous en-semble des prières pendant toute la cérémonie.Le peuple en est plus frappé que de la présenceréelle de Jésus-Christ ; tant il est vrai que leshommes ne font susceptibles que des choses sen-sibles !

II n’y a rien à dire en particulier des Archevê-ques & des Evêques Arméniens , si ce n’esl qu’ily en a plusieurs qui font faus Diocèse & qui lo-gent dans des Monastères dont ils font Abbez»Tous ces Prélats font subordonnez au Patriar-che, comme dans les autres Eglises Chrétiennes.II leroit à souhaiter seulement qu’ils s’acquitaf-fent de leurs devoirs ; mais ils n’ont aucun zéléct font plongez dans une ignorance pitoyable ;aussi les considéré t-on bien souvent moins queles Vertabiets. Quelquefois ils font Evêques &Vertabiets tout ensemble , c’est-à-dire, Evêques &Docteurs. Ces Vertabiets qui font tant de bruitparmi les Arméniens, ne font pas véritablementde grands Docteurs ; mais ce font les plus ha-biles gens du pays, ou du moins ils passent pourtels. Pour être rcceû à ce degté si eminent il nefaut pas avoir étudié la Théologie pendant lon-gues années ; il suffit de sçavoir la langue Armé-nienne littérale, & d’apprendre par cœur quelquesermon de leur grand Maître Grégoire Atenafi ,dont toute i’cloqucncc btilloit dans les blasphè-mes qu’il vomissoit contre l’Eglife Romaine. LaLangue littorale est chez eux la Langue des Sça*vans, & l’on prétend qu’elle n’a aucun rapportavec les autres Langues Orientales ; c’est ce quila rend si difficile. On aíícûre qu’clle est fort ex-X % prés-