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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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D U LEVA

étoit destinée à servir de jouet aux Othomans.Solyman qui étoit un autre fils de Bajazet , sesaisit du Château de Pruse par une fausse lettrequ’il fit donner au Gouverneur , de la part deson frere Sultan Mahomet, par laquelle il luiordonnoit de remettre ce Château à Solyman;mais Mahomet le recouvra par le moyen du mê-me Gouverneur , qui par un remords de con-science de s’être laissé tromper, la fit passer entreles mains de son premier maître , dans le temsque Solyman fut obligé de passer en Europe pouraller défendre ses Etats qu’un autre de ses frétésavoit envahis ; & par un malheur bien extraordi-naire cette Place qui ne s’auendoit pas a chan-ger de maître , se vit encore exposée aux insultesde Caraman, Sultan d’Iconium , qut la prit &la pilla en 1413. 11 fit déterrer les os de Bajazet&les fit brûler, pour se vangerdece que cet Em-pereur avoit fait couper la tête à son pere. Leun-claw ajoute, que Caraman fit brûler Pruse en *4* 5-

N r. Urne XX tï. í 9ï

Après la mort de Mahomet I. son fils Mouratou Amurat 11. qui se tcnoit à Amâíìa , vint àPruse pour se faire déclarer Empereur. On litdans les Annales des Sultans , qu’il y eût un sigrand incendie à Pruse en 1490. que les 25. Ré-gions en furent consumées ; & c’eít par là quenous apprîmes que la ville étoit divisée cn plu-sieurs Régions. Zizime cet illustre Prince Otho-man , fils de Mahomet I I. disputant l'Empire àson frere Bajazet , saisit la ville de Pruse pours’assûrer de l’Anatolie ; mais ayant été battu deuxfois par Acomathe Général de Bajazet , il futobligé de se retirer chez le Grand Maître de Rho-des. C’est ce même Zizime qui vint en Italiechez le Pape Innocent I V. & qui mourut à Ter-racine , en accompagnant le Roi Charles VIII.dans son voyage de Naples.

J’ai l’honneur d’être avec un profond respect,&c.

LETTRE XXII.VOYAGE DE SMYRNE ET D'EPHESE.

Monseigneur,

Dans l’incertitude où nous étions, si nousau-rions meilleur marché des voleurs qui font furle grand chemin de Constantinople , ou de ceuxqui courent fur la route de Smyrne, nous pré-férâmes !e voyage de cette derniere ville , dansl’esperance non seulement de trouver des Plantesplus rares que nous 11’avions fait fur le canalde la Mer Noire; mais encore pour nous appro-cher de la Syrie dont nous avions deíïein de voirles côtes.

Nous partîmes donc le 8. Decembrede Prusepour Smyrne, & couchâmes à ’Tartali , village àtrois heures & demi de marche. On passe parCechirgé où font les vieux Bains de Capliza, &de là fur le pont du Loufer ou Merapli petite ri-vière qui tombe du Mont Olympe , & 'qui va sejetter dans la mer près de Montania. Les Trui-tes du Loufer font excellentes, & tout ce pays estbeau & bien cultivé. A gauche régné une chaî-ne de collines, fur laquelle est Phifidar bourga-de considérable hahitée par des Grecs, qui pouravoir le plaisir d’être seuls chez eux, fans mé-lange d’aucuns Turcs ,îpayent double Capitation,& ne voyent qu’une fois l’année un Cadi am-bulant.

Le 9. Decembre après une marche de 9. heu-res, on commença à découvrir le lac d ’Abouillo-m qui a 15. milles de tour , & sept ou huit mil-

les de largeur en quelques endroits, entrecoupéde plusieurs Isles & de quelques Péninsules ;c’est proprement le grand égoût du Mont Olym-pe . La plus grande de ces Isles a trois millesde circonférence & s’appelle Abouìllona de mê-me que le village, qui est fans doute l’ancienneville â'Apollonta , puisque c’est de ce Lac quesort la rivière de Rhyndacus qui va passer àLopadt ou Loubat. Caragas est encore un villagede Grecs dans une autre Isle du même Lac ;mais il s’est mêlé quelques Turcs parmi eux.Les uns & Jes’autres passent d’une lsieà l’autre furdes Laïques à voile , pour les aller cultiver.Les Carpes de ce Lac pèsent 12. ou r;, livres;mais nous ne les trouvâmes pas meilleures quecelles que nous avions mangées à Pruse. Ce Lacs’áppelloit anciennement Stagnurn Artynia. LeRhyndacus se nommoit Lycus , & peut- êtreque Lopadt petite ville à une lieuë au des-sous , est la ville de Metellopolis dont Plinea fait mention ; mais il ne faut pas la con-fondre avec la Metellopolis ' de Strabon. Sui-vant cet Autheur le Lac S'Abouìllona s’appelloitApollonìatis , & la ville qui s’y trouvoit, por-toit le nom à'Apollonia. La Médaille de Sep-time Severe, dont le revers reprefente un vais-seau à la voile , marque bien que les habi-tans s’addonnoient fort à la navigation , & que

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