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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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épousa Phanius Maître d’Ecole & de Musique dela ville. Jamais fille d’esprit n’a manqué de mari-Non seulement Smyrne glorieuse de la naissancede ce grand Poète , lui fit dresser une Statue &un Temple , mais elle fit frapper des Médailles àson nom. Amastris & Nicée se? alliées en firentde même, Tune à la tête de Mr. Aurele , & l'au-tre à celle de Commode. Pour le ruisseau Meles,quoiqu à peine ii fasse moudre deux moulins, jevous laisse à penser s’il fut oublié fur les Médail-les ; il est devenu bien chétif, depuis le tetns dePausanias qui rappelle un beau Fleuve. Ce ruis-seau , à la source duquel Homere travailloit dansune caverne , est représenté fur une Médaille deSabine > fous la figure d’un vieillard appuyé de lamain gauche fur une Urne , tenant de la droiteune Corne d’abondance. II est aussi réprescntéfur une Médaillé de Néron , à la simple légendede la ville , de même que fur celles de Tite &de Domitien.

A un mille ou environ au delà de Meles, furle chemin de Magnésié à gauche au milieu d’unchamp , on montre encore les ruines d’un bâti-ment que l’on appelle le Temple de \"Janus , & queMr. Spon foupçonnoit être celui d’Homere; maisdepuis le départ de ce voyageur , on l’a mis toutà fait à bas , & tout ce quartier est rempli debeau-x marbres antiques. A quelques pas de làcoule une source admirable qui fait moudre con-tinuellement sept meules dans le même moulin.Quel dommage que la mere d’Homere ne vint pasaccoucher auprès d’une fi belle fontaine ! On yvoit les débris d’un grand Edifice de marbre >nommé les Bains de Diane ; ces débris font enco-re magnifiques, mais il n’y a point d’Iolcriptions.

Si des Bdins de Diane on veut aller dans lescampagnes dé Menemé ; outre qu’elles font fer-tiles en Melons, en Tins, & en toutes sortes defruits , ou y trouve une terre remplie de sel fixenaturel , dont on fe sert au lieu de soude pourfaire áu savon.

Le aç. Janvier nous partîmes de Smyrne pourEpbese fur les neuf heures du matin. En sortantde la ville on entre dans la voye Militaire , la-quelle est encore pavée de grands quartiers depierre, coupe?, presque en losanges. A trois heu-res de Smyrne on passe un asse? beau ruisseau quiva sc rendre dans la mer ; mais nous en rencon-trâmes un autre , à près de quatre heures de là ,qui peut passer pour une petite rivière. Le paysest plat , inculte , couvert en quelques endroitsde petits bois semblables à des taillis entremêle?de Pins. Nous bûmes du Cassé fur le chemin dansune prairie où un Turc avoir établi une échope,ou petite maison de bois ambulante. Nous arri-vâmes fur les quatre heures & demie , à Tcherpì-cui méchant village dans une grande plaine toute

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inculte, où l’on voie les restes d’une grande & an-cienne muraille de maçonnerie , laquelle a servid'aqueduc, comme prétendent les gens du pays,pour conduire les eaux à Smyrne.

De la plaine de Tcherpicui jusques à Ephesc,ce n’esl qu’une chaîne de montagnes dont lesbois & les défile? font plein, de voleurs dans labelle saison. Nous n’y trouvâmes que des Cerfs& des Sangliers j mais nous fûmes surpris agréa-blement de voir des collines couvertes naturelle-ment de beaux Oliviers , lesquels fans cultureproduisent d’exccllens fruits, & ces fruits sc per-dent faute de gens qui les amassent. En appro-chant d’Ephesc fur la droite, ces montagnes lonthorriblement taillées à plomb, & font un specta-cle affreux. On passe le Cayjlre à demi lieue endeçà d’Ephese. Cette rivière, qui est fort rapide,coule sous un pont bâti de marbres antiques , &fait moudre quelques moulins. On entre ensuitedans la plaine d’Ephesc, c’est à dire, dans un grandbassin enfermé de montagnes de tous les cotez,iì ce n’est vers la mer ; le Caystre serpente danscette plaine , mais il s’en faut bien que ses con-tours ne soient aussi frequens que dans le desseinque Mr. Spon en a donné ; & ceux du Méandrequi font bien plus entortille? , n’approchent pasdes contours que la Seine fait au dessous de Paris;je fuis surpris que nos Poètes ne les ayenc jamaisdécrits. Le Caystre a été réprescnté fur des Mé-dailles; on en voit aux têtes des Empereurs Com-mode , Scptîme Severe , Valerien & Gallien.

Nous cherchâmes inutilement une autre riviè-re, dont les anciens ont parlé, laquelle arrofoítles environs d’Ephesc; fans doute qu’elle sc jettedans le Caystre, plus haut que le Pont. En effeton nous assura à Ephesc que le Caystre recevoitune riviere asse? considérable, au delà des monta-gnes du Nord-Est ; ce qui s’accommode fort bienavec une Médaille de Septime Severe, fur laquel-le le Caystre est repreíenté fous la forme d’unhomme , comme étant un Fleuve qui sc dégorgedans la mer ; & le Kenchrios , qui est la riviere dontil s’agir, fous la figure d’une femme, pour mar-quer qu’elle sc jette dans l’autre. Outre ces deuxfigures , la Diane à plusieurs mamelles est repré-sentée d’un côté fur le même revers, & de l’au-tre est une corne d’abondance. Tout cela marquela fertilité que ces deux rivières procuroient auterroir d’Ephesc. La Seine & la Marne qui ame-nent tant de richesses à Paris, meriteroient bien ,ce me semble, une Médaille.

C’est une chose pitoyable de voir aujourd’huiEphesc, cette ville autrefois st illustre, qu’Etien-ue de Byfance appelle Epiphanestate , réduite àun miscrable village habité par 30. ou 40. famil-les Grecques, lesquelles certainement, commeremarque Mr. Spon , ne font pas capables d'enten-dre