240 LETTRES JUIVES, Lettre LII.
l’Inquisition d’Etat, sont si sages, & si pra-dens, qu’il n’est personne qui doive crain-dre d’être puni, s’il n’est véritablementcoupable. On ne volt point de Pais dansl’Univers, où l’Homme soit aulsi libre qu’àVenise. Les Arméniens, les Juifs, lesGrecs, y ont l’Exercice public de leursCérémonies. Toutes les autres Religionsy sont aulsi tolérées: mais, on ne fait passemblant d’en lavoir les Assemblées, quiso font d’une maniéré fige & prudente ; ensorte que lc Sénat n’a pas lieu de s’en plain-dre. Les Moines même ont ici une entie-re Liberté: ils prennent le Masque tantqu’ils veulent en Carnaval, entretiennentla Concubine, chantent sor les Théâtres,font enfin tout ce que bon leur semble,pourvu que leur Débauche, où leur Dé-votion, n’aient rien de commun avec lesAffaires de I’Etat. Venise n’a rien de sem-blable dans ses Maximes avec Rome, quela Protection qu’elle accorde aux Courti-san nés. Dans tout le reste, il n’est pointde Peuples qui se ressemblent moins, sor-tout pour la Superstition & l’Autorité desMoines.
On débite ici, à propos de l’Autoritédes Moines, une Histoire assez comique,
arri-