Un soir, après cet exercice, quelques-unsd’entr’eux soupoient ensemble clans un Châteaude la Thrace, losqu’on vint leur dire, qu unvieillard aveugle, conduit par un enfant, deman-doit riiospitaiite'. La jeunesse est compatissante;ils firent entrer le vieillard. On e'toit en au-tomne; & le froid, qui de'ja le saisoit sentir,l’avoit saisi : on le fit aíìoir près du feu.
Le soupe continue ; les esprits s’animent; oncommence à parler des malheurs de l’Etat. Cefut un champ vaste pour la censure; & la vanité'mécontente se donna toute liberte'. Chacunexage'roit cc qu il avoit fait, & ce qu’il auroitfait encore, si l’on n’ eut pas mis en oubli sesservices & ses talens. Tous les malheurs del’Empire venoient, à les en croire, de ce qu’onn’avoit pas sçu employer des hommes commeeux. Ils gouvernoient le monde en buvant, &chaque nouvelle coupe de vin rendoit leurs vuesplus infaillibles.
Le vieillard, astis au coin du feu, les e'cou-toit, & sourioit avec pitié'. L’un deux s’enapperçut, & lui dit: Bonhomme, vous avezl’air de trouver plaisant ce- que nous disons là?Plaisant! non, dit le vieillard, mais un peu