François &c. Lett. XI. 173
tribus à perfectionner leur Langue ; mais àforce de vouloir raíìner, ils l’ont non feule-ment apauvrie, mais même rendue bizarre ;& un Etranger, qui aura appris en Franceune belle expression , est tout étonné d’en-tendre dire dix ans après, qu’elle n’est plusdu bel Usage. Rendons néanmoins justiceaux personnes sensées de ma Nation. Si el-les ne permettent pas que les Auteurs enfrei-gnent les règles établies par l’Ufage, c’estpour maintenir la Langue dans fa pureté, &non par un esprit de pointillerie , qui est lepartage des petits génies. Cest à ces person-nes sensées que la Langue Françoise est rede-vable de l’éclat où elle est aujourd’hui. Jeconseille aux François de l’y laisser, s’ils n’enveulent faire un sujet éternel de ridicule. Sipersonne ne s’étoit opposé à la terrible pro-scription que Y Académie Françoise vouloit faired’une infinité de mots, je ne lai à quoi nô-tre Langue auroit été réduite. Heureuse-ment elle trouva des Protecteurs, qui luiconservèrent fceux dont elle ne pouvoit sepasser. Une Lettre de Voiture (a) sauva lepauvre car de la disgrâce qui le menaçoit : &les Critiques, qu’on a faites du Di&ionnairede cette même Académie, dont on pourvoiscomposer une petite Bibliothèque, ont ren-du ces Mrs. plus circonspects dans le choix
des
(a) Tom. r. pag. i$z. Lettre LUI. à Made-moiselle de Rambouillet.