3^0 Dom Carlos,
Le Voyage des Princes ne fut pas long. LaVille d’Alcala fit présent à Dorn Carlos d’unCheval de grand prix, mais aussi furieux qu’ilétoit beau. Le Prince ayant souhaité de levoir manier, il fut mal íatîsfait de tous ceuxqui le travaillèrent, & voulut lui-même lemonter. Ce Cheval, qui avoit déjà la bou-che fort échauffée , prit de l’ardeur dès quele Prince l’cut un peu poussé, & s’emportaavec tant de violence, que Dom Carlos ju-gea à propos de fejetter à terre;, mais, il lefit li malheureusement, qu’il demeura pourmort sur la place : &, bien qu’il revint à luiquelques heures après, quand les Médecinseurent examiné une Plaie qu’il s’étoit faite àla tête, ils désespérèrent de sa vie. Dans cet-te extrémité, il envoya le Marquis de Poíà ,son Favori, porter ses derniers Adieux à laReine. La Princesse d’Eboli se rendit auprèsd’elle au premier bruit de cet Accident, pourvoir de quelle maniéré elle le recevroit. LaDissimulation de la Reine, qui n’étoit paspréparée à une Epreuve si rude, l’abandonnaà cette Nouvelle ; & quoi que la Bouche, ac-coutumée à se taire, ne permît pas à fa Dou-leur de se déclarer par des Plaintes, son Si-lence & son A ccablement en dirent plus quetoutes les Paroles imaginables n’auroicnt fait.Toutefois, quelque grande que parût son Af-fliction, on avoit toûjours vu tant d’Amitiéentre elle & Dom Carlos, que personne n’enfut íùrpris. Mais, la Princesse d’Eboli,'quine se connoissoit qu’en Amour, ne put com-prendre , que le Désespoir de la Reine futseulement un effet d’Amitié. Cependant lePeuple, inlpiré par les Inquisiteurs, ne cc-
moi- .