PHILOS. ET POLITIQUE. 267
cette trahison, révoqua en 1746, tous les privi-lèges qu’elle avoit accordés : mais c’étoit un foibleremede à un si grand mal. La mort violente dutyran de la Perse, étoit bien plus propre à rassu-rer les esprits.
Cette grande révolution, qui replongeoit plusque jamais les états du Sophi dans l’anarchie, fitrepasser dans les mains des Russes le sceptre dela mer Caspienne. C’étoit un préliminaire né-cessaire pour ouvrir le commerce avec la Perse &avec les Indes; mais il ne suffisoit pas pour lefaire réussir. Les Arméniens opposoient au suc-cès une barrière presque insurmontable. Unenation active, accoutumée aux usages de l’Orient,en possession de gros capitaux, vivant avec uneéconomie cxtiême, ayant des liaisons toutes for-mées de tems immémorial, descendant aux moin-dres détails, s’élevant aux plus vastes spécula-tions : une telle nation ne pouvoit pas être aisé-ment supplantée. La cour de Pétersbourg nel'espéra pas ; & elle prit le sage parti d’attirer àAstracan une colonie de ce peuple rusé, labo-rieux & riche. C’est par ses mains qu’ont toujourspassé, que passent encore les marchandises deT Asie, qui arrivent par cette voie aux Russes.Cette importation est peu de chose, & ne peut,delong-tems, beaucoup augmenter ; à moinsqu’on ne trouve Je secret d’ouvrir des débou-chés à la réexportation. Pour porter la vérité