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Germinal / par Émile Zola
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28

LES ROUGON-MACQUART.

sans un arrêt, toujours affamé, de boyaux géantscapables de digérer un peuple. Cela semplissait, sem-plissait encore, et les ténèbres restaient mortes, la cagemontait du vide dans le même silence vorace.

Étienne, à la longue, fut repris du malaise quil avaitéprouvé déjà sur le terri. Pourquoi sentêter? ce maî-tre-porion le congédierait comme les autres. Une peurvague le décida brusquement : il sen alla, il ne sarrêtadehors que devant le bâtiment des générateurs. Laporte, grande ouverte, laissait voir sept chaudières àdeux foyers. Au milieu de la buée blanche, dans le sif-flement des fuites, un chauffeur était occupé à chargerun des foyers, dont lardente fournaise se faisait sentirjusque sur le seuil; et le jeune homme, heureux da-voir chaud, sapprochait, lorsquil rencontra une nou-velle bande de charbonniers, qui arrivait à la fosse.Cétaient les Maheu et les Levaque. Quand il aperçut,en tête, Catherine avec son air doux de garçon, lidéesuperstitieuse lui vint de risquer une dernière de-mande.

Dites donc, camarade, on na pas besoin dun ou-vrier ici, pour nimporte quel travail?

Elle le regarda, surprise, un peu effrayée de cettevoix brusque qui sortait de lombre. Mais, derrière elle,Maheu avait entendu, et il répondit, il causa un instant.Non, on navait besoin de personne. Ce pauvre diabledouvrier, perdu sur les routes, lintéressait. Lorsquille quitta, il dit aux autres :

Ilein! on pourrait être comme ça... Faut pas seplaindre, tous nont pas du travail à crever.

La bande entra et alla droit à la baraque, vaste sallegrossièrement crépie, entourée darmoires que fermaientdes cadenas. Au centre, une cheminée de fer, unesorte de poêle sans porte, était rouge, si bourrée dehouille incandescente, que des morceaux craquaient et