GERMINAL.
215
d’une maigreur d’insecte, souillé de poussière noire, deterre jaune, que marbraient des taches sanglantes. Onne distinguait rien, on dut le laver aussi. Alors, il semblamaigrir encore sous l’éponge, la chair si blême, sitransparente, qu’on voyait les os. C’était une pitié, cettedégénérescence dernière d’une race de misérables, cerien du tout souffrant, à demi broyé par l’écrasementdes roches. Quand il fut propre, on aperçut les meur-trissures des cuisses, deux taches rouges sur la peaublanche.
Jeanlin, tiré de son évanouissement, eut une plainte.Debout au pied du matelas, les mains ballantes, Maheule regardait ; et de grosses larmes roulèrent de ses yeux.
— Hein? c’est toi qui es le père? dit le docteur en levantla tête. Ne pleure donc pas, tu vois bien qu’il n’est pasmort... Aide-moi plutôt.
Il constata deux ruptures simples. Mais la jambe droitelui donnait des inquiétudes : sans doute il faudrait lacouper.
A ce moment, l’ingénieur Négrel et Dansaert, prévenusenfin, arrivèrent avec Richomme. Le premier écoutait lerécit du porion, d’un air exaspéré. Il éclata : toujoursces maudits boisages ! n’avait-il pas répété cent fois qu’ony laisserait des hommes I et ces brutes-là. qui parlaientde se mettre en grève, si on les forçait à boiser plussolidement! Le pis était que la Compagnie, maintenant,paierait les pots cassés. M. Hennebeau allait être content!
— Qui est-ce? demanda-t-il à Dansaert, silencieux de-vant le cadavre, qu’on était en train d’envelopper dansun drap.
— Chicot, un de nos bons ouvriers, répondit le maître-porion. Il a trois enfants... Pauvre bougre!
Le docteur Vanderhaghen demanda le transport immé-diat de Jeanlin chez, ses parents. Six heures sonnaient,le crépuscule tombait déjà, on ferait bien de transporter