GERMINAL.
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saisissement, allongeaient le cou, tandis que d’autressuivaient, tremblantes à l’idée de savoir devant quellemaison s’arrêterait le cortège.
La voiture passa; et, derrière, la Maheude aperçutMalieu qui accompagnait le brancard. Alors, quand oneut posé ce brancard à sa porte, quand elle vit Jeanlinvivant, avec ses jambes cassées, il y eut en elle une sibrusque réaction, qu’elle étouffa de colère, bégayantsans larmes :
— C’est tout cal On nous estropie les petits, mainte-nant!...Les deux jambes, mon Dieu! Qu’est-ce qu’on veutque j’en fasse?
— Tais-toi donc! dit le docteur Vanderhaghen, quiavait suivi pour panser Jeanlin. Aimerais-tu mieux qu’ilfGt resté là-bas?
Mais la Maheude s’emportait davantage, au milieu deslarmes d’AI/.ire, de Lénore et d’Henri. Tout en aidant àmonter le blessé et en donnant au docteur ce dont il avaitbesoin, elle injuriait le sort, elle demandait où l’on vou-lait qu’elle trouvât de l’argent pour nourrir des infirmes.Le vieux ne suffisait donc pas, voilà que le gamin, luiaussi, perdait les pieds ! Et elle ne cessait point, pendantque d’autres cris, des lamentations déchirantes, sortaientd’une maison voisine : c’étaient la femme et les enfantsde Chicot qui pleuraient sur le corps. I! faisait nuit noire,les mineurs exténués mangeaient enfin leur soupe, dansle coron tombé à un morne silence, traversé seulementde ces grands cris.
Trois semaines se passèrent. On avait pu éviter l’am-putation, Jeanlin conserverait ses deux jambes, mais ilresterait boiteux. Après une enquête, la Compagnie s’é-tait résignée à donner un secours de cinquante francs.En outre, elle avait promis de chercher pour le petitinfirme, dès qu’il serait rétabli, un emploi au jour. Cen’en était oas moins une aggravation de misère, car le
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