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Germinal / par Émile Zola
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516

LES ROUGON-MACQUART.

restaient sans autre désir, avec le passé de leurs amoursmalheureuses, quils navaient pu satisfaire. Etait-cedonc à jamais fini ? noseraient-ils saimer un jour,maintenant quils étaient libres. Il naurait fallu quunpeu de bonheur, pour dissiper leur honte, ce malaise quiles empêchait daller ensemble, à cause de toutes sortesdidées, ils ne lisaient pas clairement eux-mêmes.

Recouche-toi, murmura-t-elle. Je ne veux pas allu-mer, ça réveillerait maman... Il est lheure, laisse-moi.

Il nécoulait point, il la pressait éperdûment, le cœurnoyé dune tristesse immense. Un besoin de paix, uninvincible besoin dêtre heureux lenvahissait ; et il sevoyait marié, dans une petite maison propre, sans autreambition que de vivre et de mourir, tous les deux. Dupain le contenterait ; même, sil ny en avait que pourun, le morceau serait pour elle. A quoi bon autre chose?est-ce que la vie valait davantage ?

Elle, cependant, dénouait ses bras nus.

Je teii prie, laisse.

Alors, dans un élan de son cœur, il lui dit à loreille :

Attends, vais avec toi.

Et lui-même sétonna davoir dit cette chose. Il avaitjuré de ne pas redescendre, d venait donc cette déci-sion brusque, sortie de ses lèvres, sans quil y eût songé,sans quil leût discutée un instant? Maintenant, cétaiten lui un tel calme, une guérison si complète de sesdoutes, quil sentêtait, en homme sauvé par le hasard,et qui avait trouvé enfin lunique porte à son tourment.Aussi refusa-t-il de lentendre, lorsquelle salarma, com-prenant quil se dévouait pour elle, redoutant les mau-vaises paroles dont on laccueillerait à la fosse. Il semoquait de tout, les affiches promettaient le pardon, etcela suffisait.

Je veux travailler, cest mon idée... Habillons-nouset ne faisons pas de bruit.