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LES ROUGON-MACQUART.
Oui, il répondait de la tête, avec des regards défiants.Il refusait de s’expliquer en présence des quelques po-rions qui écoutaient, il emmena son oncle à dix mètres,ne se jugea pas assez loin, recula encore ; puis, très bas,à l’oreille, il lui dit enfin l’attentat, les planches trouéeset sciées, la fosse saignée au cou et râlant. Devenu blême,le directeur baissait aussi la voix, dans le besoin instinctifqui fait le silence sur la monstruosité des grandes dé-bauches et des grands crimes. Il était inutile d’avoir l’airde trembler devant les dix mille ouvriers de Montsou :plus tard, on verrait. Et tous deux continuaient à chu-choter, atterrés qu’un homme eût trouvé le courage dedescendre, de se pendre au milieu du vide, de risquer savie vingt fois, pour cette effroyable besogne. Ils ne com-prenaient même pas cette bravoure folle dans la destruc-tion, ils refusaient de croire malgré l’évidence, commeon doute de ces histoires d’évasions célèbres, de ces pri-sonniers envolés par des fenêtres, à trente mètres dusol.
Lorsque M. Hennebeau se rapprocha des porions, untic nerveux tirait son visage. Il eut un geste de déses-poir, il donna l’ordre d’évacuer la fosse tout de suite. Cefut une sortie lugubre d’enterrement, un abandon muet,avec des coups d’œil en arrière sur ces grands corps debriques, vides et encore debout, que rien désormais nepouvait sauver.
Et, comme le directeur et l’ingénieur descendaient lesderniers de la recette, la foule les accueillit de sa clameur,répétée obstinément.
— Les noms I les noms ! dites les noms !
Maintenant, la Maheude était là, parmi les femmes.Elle se rappelait le bruit de la nuit, sa fille et le logeuravaient dû partir ensemble, ils se trouvaient pour sûrau fond; et, après avoir crié que c’était bien fait, qu’ilsméritaient d’y rester, les sans-cœur, les lâches, elle