Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

GERMINAL.

833

et eux non plus ne séloignaient pas, les jambes rompuesde fatigue, fiévreux, malades dassister impuissants à unpareil désastre, ne chuchotant que de rares paroles,comme au chevet dun moribond. Le cuvelage supérieurdevait achever de seffondrer, on entendait de brusquesretentissements, des bruits saccadés de chute profonde,auxquels succédaient de grands silences. Cétait la plaiequi sagrandissait toujours : léboulement, commencé parle bas, montait, se rapprochait de la surface. Une impa-tience nerveuse avait pris Négrel, il voulait voir, et ilsavançait déjà, seul dans ce vide effrayant, lorsquonsétait jeté à ses épaules. A quoi bon? il ne pouvait rienempêcher. Cependant, un mineur, un vieux, trompant lasurveillance, galopa jusquà la baraque; mais il reparuttranquillement, il était allé chercher ses sabots.

Trois heures sonnèrent. Rien encore. Une averse avaittrempé la foule, sans quelle reculât dun pas. Le chiende Rasseneur sétait remis à aboyer. Et ce fut à troisheures vingt minutes seulement, quune première se-cousse ébranla la terre. Le Yoreux en frémit, solide,toujours debout. Mais une seconde suivit aussitôt, etun long cri sortit des bouches ouvertes : le hangar gou-dronné du criblage, après avoir chancelé deux fois, ve-nait de sabattre avec un craquement terrible. Sous lapression énorme, les charpentes se rompaient et frot-taient si fort, quil en jaillissait des gerbes détincelles.Dès ce moment, la terre ne cessa de trembler, les secous-ses se succédaient, des affaissements souterrains, desgrondements de volcan en éruption. Au loin, le chiennaboyait plus, il poussait des hurlements plaintifs, commesil eût annoncé les oscillations quil sentait venir ; et lesfemmes, les enfants, tout ce peuple qui regardait, ne pou-vait retenir une clameur de détresse, à chacun de cesbonds qui les soulevaient. En moins de dix minutes, latoiture ardoisée du beffroi sécroula, la salle de recette et

45 .