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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

64e

terrible les secoua. Ils frappaient la terre à coups detalon, comme une marâtre tuant au hasard ses enfants,dansles imbéciles caprices de sa cruauté. On sedcvouait,on allait au secours de camarades, et il fallait encorey laisser des hommes ! Après trois grandes heuresdefforts et de dangers, quand on pénétra enfin dans lesgaleries, la remonte des victimes fut lugubre. Ni le po-rion ni les ouvriers nétaient morts, mais des plaiesaffreuses les couvraient, exhalaient une odeur de chairgrillée ; ils avaient bu le feu, les brûlures descendaientjusque dans leur gorge; et ils poussaient un hurlementcontinu, suppliant quon les achevât. Des trois mineurs,un était lhomme qui, pendant la grève, avait crevé lapompe de Gaston-Marie dun dernier coup de piocheles deux autres gardaient des cicatrices aux mains, lesdoigts écorchés, coupés, à force davoir lancé des bri-ques sur les soldats. La foule, toute pâle et frémissante,se découvrit quand ils passèrent.

Debout, la Maheude attendait. Le corps de Zacharieparut enfin. Les vêtements avaient brûlé, le corps nétaitquun charbon noir, calciné, méconnaissable. Broyéedans lexplosion, la tête nexistait plus. Et, lorsquon eutdéposé ces restes affreux sur un brancard, la Maheudeles suivit dun pas machinal, les paupières ardentes, sansune larme. Elle tenait dans ses bras Estelle assoupie, ellesen allait tragique, les cheveux fouettés par le vent. Aucoron, Philomène demeura stupide, les yeux changésen fontaines, tout de suite soulagée. Mais déjà la mèreétait retournée du même pas à Réquillart : elle avait ac-compagné son fils, elle revenait attendre sa fille.

Trois jours encore sécoulèrent. On avait repris lestravaux de sauvetage, au milieu de difficultés inouïes.Les galeries dapproche ne sétaient heureusement paséboulées, à la suite du coup de grisou; seulement, lairy brûlait, si lourd et si vicié, quil avait fallu installer