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Germinal / par Émile Zola
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LES ROUGON-MACQUART.

Et Catherine, secouée, étourdie de cet effondrementcontinu, joignables mains, bégayaitles mêmes mots, sansrelâche :

Je ne veux pas mourir... Je ne veux pas mourir...

Pour la rassurer, Étienne jurait que leau ne bougeaitplus. Leur fuite durait bien depuis six heures, on allaitdescendre à leur secours. Ët il disait six heures sanssavoir, la notion exacte du temps leur échappait. En réa-lité, un jour entier sétait écoulé déjà, dans leur montéeau travers de la veine Guillaume.

Mouillés, grelottants, ils sinstallèrent. Elle se désha-billa sans honte, pour tordre ses vêtements; puis, elleremit la culotte et la veste, qui achevèrent de sécher surelle. Comme elle était pieds nus, lui, qui avait ses sabots,la força à les prendre. Ils pouvaient patienter maintenant,ils avaient baissé la mèche de la lampe, ne gardantquune lueur faible de veilleuse. Mais des crampes leurdéchirèrent lestomac, tous deux saperçurent quilsmouraient de faim. Jusque-, ils ne s'étaient pas sentivivre. Au moment de la catastrophe, ils navaient pointdéjeuné, et ils venaient de retrouver leurs tartines, gonfiées par leau, changées en soupe. Elle dut se fâcherpour quil voulut bien accepter sa part. Dès quelle eutmangé, elle sendormit de lassitude, sur la terre froide.Lui, brûlé dinsomnie, la veillait, le front entre les mains,les yeux fixes.

Combien dheures sécoulèrent ainsi ? Il naurait pu ledire. Ce quil savait, cétait que devant lui, parle trou dela cheminée, il avait vu reparaître le flot noir et mou-vant, la bête dont le dos senflait sans cesse pour les at-teindre. Dabord, il ny eut quune ligne mince, un ser-pent souple qui sallongea ; puis, cela sélargit en uneéchine grouillante, rampante ; et bientôt ils furent re-joints, les pieds de la jeune fille endormie trempèrent.Anxieux, il hésitait à la réveiller. Nétait-ce pas cruel de