Buch 
Germinal / par Émile Zola
Entstehung
JPEG-Download
 

GERMINAL.

589

de brute, mortel, mal payé, recommençait. Sous laterre,-bas,? à sept cents mètres, il lui semblait enten-dre des coups sourds, réguliers, continus : cétaient lescamarades quil venait de voir descendre, les cama-rades noirs, qui tapaient, dans leur rage silencieuse.Sans doute ils étaient vaincus, ils y avaient laissé delargent et des morts ; mais Paris noublierait pas lescoups de feu du Voreux, le sang de lempire lui aussicoulerait par cette blessure inguérissable ; et, si la criseindustrielle tirait à sa fin, si les usines rouvraient uneà une, létat de guerre nen restait pas moins déclaré,sans que la paix fût désormais possible. Les charbon-niers sétaient comptés, ils avaient essayé leur force,secoué de leur cri de justice les ouvriers de la Franceentière. Àussi leur défaite ne rassurait-elle personne, lesbourgeois de Montsou, envahis dans leur victoire dusourd malaise des lendemains de grève, regardaientderrière eux si leur Un nétait pas quand même, iné-vitable, au fond de ce grand sitence. Ils comprenaientque la révolution renaîtrait sans cesse, demain peut-être,avec la grève générale, lentente de tous les travailleursayant des caisses de secours, pouvant tenir pendant desmois, en mangeant du pain. Cette fois encore, cétaitun coup dépaule donné à la société en ruines, et ils enavaient entendu le craquement sous leurs pas, et ilssentaient monter dautres secousses, toujours dautres,jusquà ce que le vieil édifice, ébranlé, seffondrât, sen-gloutît comme le Voreux, coulant à labîme.

Etienne prit à gauche le chemin de Joiselle. Il serappela, il y avait empêché la bande de se ruer surGaston-Marie. Au loin , dans le soleil clair, il voyaitles beffrois de plusieurs fosses, Mirou sur la droite,Madeleine et Crèvecœur, côte à côte. Le travail gron-dait partout, les coups de rivelaine quil croyait saisir,au fond de la terre, tapaient maintenant dun bout de la