MOBURS, VOYAGES ET VOYAGEURS 27
c’est delacher aussi les elements captifs. Comment de-tacher ce qui est impersonnel et delivrer ce qui n’aplus de corps? L’esclave rnsse n’en a plus, puisqu’ilfait parlied’une masse et d’un bloc, comme la mottede terre et le grain de sable.
Les grandes masses brutes me plaisent peu. Loschoses operees par une multitude de petils agents ma-leriels agglomeres me touchent moins qu’une seuleoeuvre nee d’un grand esprit. L 'Iliade est plus nobleque la tour de Babel; une belle action est plus belleque les pyramides d’Egypte. Comme le castor, l’oiesauvage, lu bison ou la fourmi; comme le polype quiest multiple et elementaire, le paysan moscovite vitpar troupes, ou plutöt il vegete par brancbes afliliees etadherentes. II ne va pas seul. II ne se detache pas en-core. Un’est pas specialise. JN’ayant pas de valeur per-sounelle, il ne s’estime pas assez pour croire ä sa propreopinion, pour aimer ce qu’il peuse,penser ce qu'il aime,et agir d’apres la double force de sa pensee et de sonamour. Il attend l’avis general; il ne veut pas seule-ment que la mhjorite l’emporteiil lui faut l’unani-mite. Gel ui qui resiste, il le noie, comme le dit M. legeneral de Gherebedlzoff. Yoilä cequejetrouve excessifet ce que je ne puis approuver. On aura beau me direque c’est une fa<jon de realiser l’unite abstraite, d’ac-complir la volonte generale, celle de l’assemblecrusse,du a iliire », du m.onde intellecluel russe; et que leMire etant une assemblce unanime, sans dissentimentaucun, est la meilleure. Je n’y vois que tyrannie, etje, mehäte de fuir.
L’ceuvre de Gogol, que je ne puis regarder commeun chef-d’ceuvre absolu, — la concentration lui man-